Oiiv. cit., n
l'impérialisme 181
dance, bien payée, de ses produits. C'est une prise de possession, graduelle et pacifique, de territoires d'où l'on saura tirer, dans des vues purement utilitaires, tout le rendement dont ils sont capables.
Cet impérialisme basé sur la fraude n'entame guère moins l'autonomie nationale que la conquête violente. Et il arrive, un jour, que les nations abusées, conscientes enfin de ce qu'elles ont perdu, encouragées d'autre part par l'énoncé de certains principes et la magie de certaines formules, se prennent à revendiquer leurs libertés disparues. On entre alors dans une ère d'agitations profondes et de luttes meurtrières, tristes effets et sanglante condamnation de la politique qui les a provoquées.
Quelques-uns objecteront peut-être que les princes chrétiens, et les ministres de l'Eglise, n'ont pas hésité à s'introduire en pays sauvages, et à occuper ces contrées dans l'intérêt de la civilisation.
Notons tout d'abord que la foi, représentée par l'Eglise de Dieu, et soutenue par les princes fidèles, a des droits supérieurs qui lui ouvrent toutes les routes du monde. Aucune nation ne peut, justement, se refuser à recevoir les missionnaires de l'Evangile ; et l'organisation religieuse qui naît sous leurs pas, n'est qu'une légitime création et mise en œuvre de la souveraineté spirituelle du Christ.
Dans les immenses territoires habités par les indiens ou les noirs, il est des terres incultes qu'on
ne peut considérer comme le bien exclusif des indigènes. Ces régions ne sont pas toutes occupées dans le sens juridique qui implique un droit de propriété. ^ Il y a donc place, en elles, pour de nouveaux établissements, ecclésiastiques et civils. Ce qu'il faut demander, et ce que l'Eglise a hautement exigé, ^ par la voix des Papes, celle de ses grands évêques comme Las Casas, celle de ses théologiens comme Cajetan, ^ Bellarmin^ et autres, c'est "que les personnes et les biens des premiers habitants des pays nouvellement découverts et colonisés, soient scrupuleusement respectés.
Il s'est commis, nous l'avouons, même par des chrétiens, de honteux abus de pouvoir. Ces actes odieux ne sauraient, sans autres motifs, justifier l'esprit de conquête, les entreprises des nations puissantes contre les possessions et l'autonomie des peuples faibles.
L'histoire des peuples anciens se réduit, le plus souvent, au récit des guerres que ces peuples se