‹ Etudes et appréciationsChapitre 85 sur 173 · De Rom. Pontif., 1. v., c · texte numérisé non relu

De Rom. Pontif., 1. v., c

l'impérialisme 183

firent pour garder ou conquérir la prépondérance. Kn général, leurs plus grands hommes sont ceux (^ue favorisèrent le génie des armes et le sourire de la fortune militaire ; leurs plus glorieux succès sont ceux qu'ils remportèrent en combattant quelque puissance rivale.

Sur le tableau dressé par les siècles, passent tour à tour, avec des alternatives de triomphe et de déchéance, les Assyriens, les Mèdes, les Perses, les Grecs, les Macédoniens, les Carthaginois, les Romains.

Ces empires successifs, bâtis sur la ruine des libertés locales, ne purent s'édifier sans les plus criantes injustices. ^ Certaines conquêtes s'expliquent sans doute par de légitimes représailles et par un besoin de sécurité. La plupart, toutefois,

1. Parlant de l'empire assyrien et de la manière dont il s'accrut, saint Augustin dit {Cité de Dieu, 1. iv, c. 6) : " Faire la guerre à ses voisins, attaquer des peuples de qui l'on n'a reçu aucun déplaisir, et seulement pour satisfaire son ambition, qu'est-ce autre chose qu'un grand brigandage ?" Et ailleurs {ibid., 1. m, c. 14), il cite ces paroles de Salluste : " Depuis que Cyrus en Asie, les Lacédémoniens et les Athéniens en Grèce commencèrent à s'assujétir les villes et les nations, la passion de dominer commença aussi à devenir une raison pour faire la guerre, " puis il ajoute : " Cette passion de dominer cause d'étranges désordres parmi les hommes. C'est par elle que Rome, vaincue alors, se vantait d'avoir vaincu Albe ; et les fausses louanges qu'elle recevait de son crime lui tenaient lieu d'une gloire éclatante ." Voir plusieurs autres passages de saint Au^ gustin ; aussi Montesquieu, Grandeur et décadence des Romains,

doivent leur origine à cette fougue d'appétit, et à cet élan de domination qui caractérisent, sous les régimes païens ou paganisés, l'humaine nature libre de tout frein moral, et livrée à ses seuls instincts. Les vainqueurs s'enrichissaient des dépouilles de ceux qui avaient succombé dans la lutte. Et le butin le plus recherché, c'était le vaincu lui-même, saisi, garrotté, arraché à son foyer et à sa patrie, et jeté, pour servir le caprice de ses maîtres, dans la plus impitoyable servitude. L'esclavage, ce fléau social de l'antiquité, s'est surtout alimenté aux sources fécondes de l'impérialisme triomphant.

De la contagion du premier péché, dit Léon XIII,* sont sortis tous les maux, notamment cette perversité monstrueuse par laquelle certains hommes, perdant le souvenir de la fraternité originelle, au lieu de pratiquer, sous l'impulsion de la nature, la bienveillance et la déférence réciproques, n'ont écouté que leurs passions, et se sont mis à considérer les autres hommes comme des inférieurs, et à les traiter comme des animaux nés pour le joug. Sans tenir le moindre compte de la dignité de notre nature commune chez tous, et de l'image divine imprimée dans leurs âmes, il est aussi arrivé que ceux qui, dans le choc des armes, se trouvaient les plus forts, s'assujettissaient les vaincus ; ce qui â fait le genre humain se partager peu à peu en deux catégories bien distinctes, les maîtres et les esclaves.

Chaque nouvelle guerre grossissait la foule de

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