‹ Etudes et causeries littérairesChapitre 102 sur 140 · Le Cœur de Hialmar · texte numérisé non relu

Le Cœur de Hialmar

croix, le poète déclarait que c'en était fini de JÉSUS- CHRIST, du i pâle Nazaréen » enfermé pour toujours en « sa tombe scellée ». Le poète est enfermé et scellé à son tour dans une tombe qui n'a rien de triomphant. Les gens de lettres qui environnaient le cercueil, au moment où le chant de la foi, de l'épouvante et de l'espérance priante, le Dies irœ, éclatait sous les voûtes de Saint-Sulpice, ont-ils eu assez de mémoire pour se souvenir de ces strophes d'orgueil ?

Leconte de Lisle ne se contentait pas de chanter la mort et de diviniser l'agonie sans espérance ; il fallait qu'il raillât et avilît la mort des justes, de ces vaillants qui ont combattu les combats de DIEU sans visera un prix Montyon quelconque, ni aux louanges quelconques d'une Académie.

En trente-trois strophes convulsives, il travestit Y Agonie d'un saint, du vieux moine, vengeur des droits de l'Eglise, qui va rendre l'âme à son Juge, et qui, se frappant la poitrine avec confiance,

Contemple sur la table, auprès de son chevet, Une tête et deux os d'hommes, hideux emblèmes.

La muse des poèmes Barbares, Antiques, Tragiques, est une muse de cimetière, ou plutôt de charnier. Comme d'autres étalent leurs ailes à la lumière et cherchent les fleurs, les blés, la vie, cette orfraie voltigeait alentour des cadavres, sur des crânes, sur la pourriture, sur ce € peu de chair » (c'est son terme) qui roule dans la fosse. A la fin, le poète ne se borne plus à soupirer vers les Elysées védiques aux fleuves de miel et de beurre frais : il pousse des hurlements d'oiseau de proie ; et haletant, dans des vers difficiles, il crie :

Lâches, saints et héros, brutes, mâles génies,

Ajoutés au fumier des siècles par monceau ;

O lugubres troupeaux des morts, je vous envie...

O morts, morts bienheureux, en proie aux vers avides (*) !

Son vœu est rempli. Il a été ajouté au fumier des siècles et aux lugubres troupeaux qu'il chanta ; et à cette heure-là, on l'a chanté, lui aussi, en prose. Deux ou trois harangues, aux bords d'une tombe béante ; quelques pelletées de terre, mêlées à quelques louanges creuses et lourdes, jetées sur le cercueil par un ministre de l'Instruction publique et par un ou deux gens de lettres. *Et en voilà pour jamais !

Nous n'avons ni le goût ni le vouloir de raconter par chapitres cette vie sans histoire, d'où il ne sort pas une espérance, presque pas une leçon. Quelques alinéas suffiront à résumer les étapes et les haltes de ce voyage qui fut long et inutile.

Charles Leconte est né en 1818 à Bourbon. Il n'était point gentilhomme, malgré le de qui joint ses deux noms et Y s qui fait belle figure au milieu du second. Les croisades, qu'il haïssait, autant qu'hornme peut haïr, ne sont pour rien dans cette orthographe, et la particule n'est qu'une préposition. Par ailleurs, l'on ne saurait appliquer à l'académicien créole, la satire de Molière contre ce parent de M. Jourdain qui, ayant creusé un fossé autour de son logis, s'appela M. de Lisle.

Son grand-père paternel, un Breton de Dinan, étant allé s'établir à Bourbon, fut qualifié du surnom de Lisle, pour le distinguer des Leconte restés en Breta-

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