I. Aux Morts. Le Vent froid de la nuit
gne. Pendant la Révolution, un de ces Leconte défendit bravement la bonne cause, qui n'était pas celle de la Révolution. Sa conduite aurait bien mérité un poème de son petit-neveu, si le petit-neveu n'avait été absorbé par l'admiration des grands hommes hindous, hellènes et Scandinaves. Le poète était, par sa mère, petit-neveu de Parny, créole de Bourbon, lui aussi, et infâme rimeur de la Guerre des dieux ; ce qui, si l'on en croyait les doctrines de l'atavisme, expliquerait la morale ordinaire des poèmes Antiques, Tragiques et Barbares.
Toujours est-il que le Breton, né créole, ne se soucia guère plus de la Bretagne catholique. Nous verrons même tout à l'heure en quels termes choisis ce bon fils, revenu des îles, traita la mère-patrie. On sait, par plus d'un exemple, que les Bretons renégats ne sont point renégats à demi : Leconte de Lisle n'a point contredit cette triste règle. Libre après cela aux poètes de l'Université qui riment sur les bords de la Rance, d'appeler Leconte de Lisle un « grand homme ». Il est vrai que, dans les alexandrins où il fut salué de ce titre au collège de Dinan, le 28 juillet 1894, la poésie, très modeste, ne dépasse point la hauteur du sujet : Leconte de Lisle, vivant, en eût frémi. Qu'on en juge par ce morceau, celui qui termine le discours prononcé à la distribution des prix :
... A ces noms illustrant ce collège et la ville Il faut joindre celui de Leconte de Lisle : Grand poète, hier mort ou plutôt immortel, Qui fut élève ici, né sous un autre ciel. Suivez par le travail ces glorieuses traces : Préparez vos esprits dès les plus humbles classes ; Fortifiez vos cœurs ; cherchez la vérité ; Instruisez-vous, enfants de l'Université (').