‹ Etudes et causeries littérairesChapitre 106 sur 140 · Mélanges, 3e série, t. III, p · texte numérisé non relu

Mélanges, 3e série, t. III, p

« l'abbé crosse et mitre des monastères poétiques ('). » En 1866, il comptait ses fervents comme Bouddha ; il avait même des pèlerins comme Mahom : c'était une caravane de quelques jeunes gens, chez qui la rime n'avait pas attendu le nombre des années. M. François Coppée était de ceux-là ; dès l'âge de vingt-deux ans, il faisait son pèlerinage hebdomadaire chez ce demi-dieu « au visage apollonien », dont le Parnasse s'élevait en pays plat, le long du plus paisible des boulevards de Paris.

Jeune parnassien, dit-il, respectueux et timide, nous allions tous les samedis soir, avec autant d'émoi qu'un hadji va à la Mecque, passer la soirée chez Leconte de Lisle, qui demeurait au quatrième étage d'une maison du boulevard des Invalides (2).

On y débitait des vers ; et, en guise d'eau à'Hippocrène, on avalait des tasses de thé au kirsch. Mais sur ce Parnasse, les fidèles buvaient, avec le thé, les dogmes littéraires du moderne Phoibos Apollon ; dans cette Mecque, ils buvaient les doctrines du penseur ; car il était réputé penseur, tout comme il était tenu pour aède infaillible. L. Veuillot le constatait gaiement, au mois d'octobre 1869, lorsque parut Kaïn :

En philosophie, comme en poésie, c'est un chef d'école, un pontife. Au Parnasse contemporain, passage Choiseul, on le considère beaucoup. Quarante-neuf enfants d'Apollon, garçons, filles et vénérables, garnissent ce parnasse ; tous grands rimeurs, et la plupart pareils au pu/lus onagri de l'Ecriture, le petit de l'onagre, qui dresse son oreille pointue vers le ciel et qui dit : Je suis libre (3) /

Après la publication de Kaïn, Napoléon III lui offrit

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