I. 15 novembre
monté, ou, si l'on veut, jamais descendu jusqu'à la popularité. Il avait dit, lui aussi, pour son compte : Odi profanum vulgus ; s'adressant à la « plèbe carnassière » :
Dans mon orgueil muet, dans ma tombe sans gloire, Dussé-je m'engloutir pour l'éternité noire... Je ne danserai pas sur ton tréteau banal (I)...
Les poètes ont tous de ces dédains, qu'ils se hâtent de traduire et de proposer à l'étonnement du public ; mais n'est-ce pas souvent une autre façon de crier : Faites donc un peu attention à moi ; je ne suis pas tout le monde, et je ne ressemble guère à tous ces imbéciles ! Tout ce qui se débite, en vers, contre la gloire, l'argent, la popularité, cette <L gloire en gros sous », c'est du mépris qui ressemble furieusement à de l'amour ; le poète déclame contre tout cela ; donc, tout cela ne lui est pas indifférent. Personne n'a, autant que V. Hugo, répété à l'univers :
Quant à flatter la foule, ô mon esprit, non pas (2) !...
Or chacun sait avec quelle âpreté Hugo quémanda les applaudissements de la foule, — et de quelle foule !
Quoi qu'il en soit du sentiment qui dicta ces vers à Leconte de Lisle, il est certain que la renommée et la fortune n'ont coulé autour de ce poète de bronze qu'à petits flots, à petit bruit, fonte maligno. Les critiques ont cependant jeté des fleurs et des brindilles de laurier sur ses œuvres de marbre ; on a enchâssé quelquesuns de ses poèmes de marbre, comme des médaillons,