‹ Etudes et causeries littérairesChapitre 111 sur 140 · I. Midi · texte numérisé non relu

I. Midi

divine : car la mort, c'est la mère de tous les êtres vivants ; elle les reçoit en son sein, comme la sarigue reçoit et cache ses petits:

Et toi, divine mort, où tout rentre et s'efface, Accueille tes enfants dans ton sein étoile (').

D'où vient que ce sein est étoile ? Pourquoi ces étoiles ? Serait-ce pour la rime ?... Tout cela n'est pas même la clarté qui tombe des étoiles, — comme a dit un poète qui avait du génie, qui parlait français, et qui croyait en Dieu, créateur des étoiles.

Manifestement, Leconte de Lisle ne sait pas trop ce qu'il dit ; sait-il ce qu'il veut dire ? N'importe ; il dit. Et son refrain est ceci : Vive le néant ! le néant est le néant et Leconte de Lisle est son prophète ; encore qu'il explique imparfaitement en quoi consiste le néant divin où il faut se tremper le cœur sept fois ; et que selon Baghâvat, autre prophète du néant, il suffise de s'y tremper une fois : le néant étant alors « l'essence première ». Au demeurant, y a-t-il des êtres vivants ? Y a-t-il quelque chose en cet « univers stupide» ? Mystère ! l'auteur de cette belle philosophie s'y embrouille naturellement lui-même, et enfin aboutit à ceci :

Rien n'est vrai que l'unique et morne éternité : Oh ! Brahma, toute chose est le rêve d'un rêve (2).

Mais ce rêve, qui le fait ? Est-il vivant ? Si oui, d'où lui vient la vie? Qu'est-ce que la vie ? A quoi bon la vie ? Mystère de mystère ! La nature, l'histoire, l'huma-

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