Vision de Brahma
nité, l'artiste qui ciselle des strophes, qu'est-ce que cela ? Des phénomènes. Qu'est-ce que les phénomènes ? Des « apparences vaines », des fantômes qui remuent de « mobiles chimères (') », des ombres chinoises colorées. Mais qui perçoit ces phénomènes ? D'autres phénomènes vains. Malgré leur vanité, est-ce que ces phénomènes ne sont pas quelque chose, joie, douleur, haine, amour? Peut-être, mais cela, c'est le mal. Le but suprême étant le néant, il faut y tendre par le nirvana, l'énervement moral et physique, la torpeur d'un néant voulu, l'étoufrement inerte de la conscience. Mais d'où vient que des « apparences vaines » ont une conscience ? Mystère ! Essayer de voir cela, c'est sortir du nirvana ; restons-y, laissons pousser nos ongles qui sont aussi des phénomènes. Renonçons au mouvement, au sentiment, à ce qui s'appelle lutte pour la vie. Cette conclusion est celle que le diable tire, chez Leconte de Lisle, dans un alexandrin dont il emprunte un hémistiche aux Cantiques de Saint- Suipice :
Force, orgueil, désespoir, tout n'est que vanité (2).
Sur quoi, le diable de M. Leconte de Lisle se trempe sept fois le cœur dans le néant et se couche pour dormir. Probablement, il s'est lassé à vouloir entendre la doctrine du poète ; chose très fatigante, même pour le diable ; surtout quand il lui faut ouïr ces fatras rimes, ces cauchemars qui s'intitulent : Aux Morts, le Dernier souvenir, les Daimics, la Mort du soleil, Fiat nox, Ultra cœlos , Recules, In excelsis, Solvet seclum,