La Tristesse du diable
Dies irœ, Sacra famés (que de latin, dans ces « apparences vaines » de français !) ; bref, quand il doit assister à ces « effusions noires vers le néant (') », qui est la mort, laquelle est « l'essence première » ou la vie, laquelle n'est pas.
« Comprenne qui pourra ! s'écrie M. Jules Lemaître, après avoir essayé de percer le brouillard de BagJiâvat. Qu'importe? ajoute-t-il. Il ne faut pas comprendre. Rien n'a de substance, ni de réalité (2). »
Y a-t-il une âme, dans ce qui est l'apparence vaine appelée homme ? Non, sans doute ; sauf peut-être chez les Turcs, pour qui Leconte de Lisle se sent un faible ; car ces bons fils de l'Islam s'en vont, après leur mort, « par delà les étoiles (3). » Pourtant, rien n'est moins sûr. L'homme ne paraît pas avoir plus d'âme que l'onagre et le chien. Le poète tient cela d'un vieux corbeau qui a une âme, lui, une âme bien chevillée au corps, — vu qu'il était « déjà très vieux quand Abraham est né », — et qui a une langue fortement vissée au bec, vu qu'il dégoise d'affilée la bagatelle de quelques centaines d'alexandrins, aussi rauques que des croassements.
Or, ce corbeau, le corbeau du déluge, qui fait de l'esprit, comme il sied à une bête, affirme qu'il a mangé bien des hommes et qu'il a eu soin d'avaler l'âme avec le cadavre :
En outre, sachez-le, j'en ai mangé beaucoup, Et leur âme avec eux, maître, du même coup (4).