Le Corbeau
Mais après ce trait d'esprit de maître corbeau, reviennent certains problèmes dont les oiseaux, mangeurs de charogne, n'ont pas à se mettre en peine, et dont les hommes se tourmentent encore : La vie est-elle un bien, ou un mal ? « La vie, répond le poète, est un mal éphémère ('). »
Et la vertu, maître ? c'est-à-dire le combat, le devoir, la lutte pour le bonheur ? — Tout n'est que vanité ; on ne souffre pas, on ne jouit pas ; rien n'est rien :
L'angoisse et le bonheur sont le rêve d'un rêve (2).
Mais alors, maître, la morale ? — La morale, c'est la paix ! — La foi ordonne aux chrétiens d'endiguer la passion qui déborde, d'enchaîner et réduire la passion sous le joug de la raison et de la loi. — La morale suprême, c'est la paix ; c'est de supprimer la passion ; c'est de ressembler au bœuf couché, le museau dans Therbe, l'œil sur rien.
Du reste, le poète, grand prêtre et adorateur du néant, se préoccupe assez peu de ces vieilleries, la morale, la vertu. Par son exemple littéraire, il prêche une vertu moins qu'austère et une morale très libre. C'est toujours là, qu'en fin de compte, les affranchis du Credo et du catéchisme se laissent dévaler — fussentils par fonction distributeurs des prix Montyon et couronneurs de rosières.
Parfois même, ils roulent, de cahot en cahot, dans des ornières où il est assez honteux de choir, honteux d'en parler. Sans doute, il n'est déjà pas très glorieux d'être € ajouté... au fumier des siècles » ; mais en afïïr-
i. Les Ascètes.