‹ Etudes et causeries littérairesChapitre 115 sur 140 · Fiat nox · texte numérisé non relu

Fiat nox

mant qu'il aspire à ce comble, le poète veut, dit-il, arriver enfin à ce bonheur incomparable,

D'être affranchi de vivre et de ne plus savoir

La honte de penser et l'horreur d'être un homme (') !

Ceci est peut-être encore de la philosophie ; mais n'est-ce point de celle que l'on crayonne sur les murs de Bicêtre ? En tout cas, l'humanité s'est entendu dire des compliments dont elle a droit d'être plus fière ; et les gens de lettres se moquent un peu du reste des hommes et d'eux-mêmes, lorsqu'ils larmoient sur la tombe de Leconte de Lisle : « Nous perdons en lui... une autorité intellectuelle et morale qui sera malaisément remplacée. > — Des penseurs de cette force ne laissent point de vide quand ils s'en vont.

Dans tout le grimoire bleu de cette philosophie, «il n'y a pas de place pour une affirmation,» écrit M. A. France (2). Et pourtant M. Leconte de Lisle affirme, affirme, affirme : il affirme fortement qu'il n'y a rien; toutefois il croit fermement qu'il y a lui; selon M. Leconte de Lisle, tout se compose de « mobiles chimères » ; mais il y a cependant quelque chose : son œuvre. « Il ne sait s'il existe lui même ; mais il sait à n'en point douter que ses vers existent absolument (3).» Et gare à qui les touche !

Est-il besoin de dire que ce penseur se garda bien de pousser la logique de sa phi'osophie jusqu'à la pratique? En vers, il aspirait au néant, à être «dispersé dans l'immense nature » ; mais dans la réalité de la

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