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ces temps-là, quelque bonne volonté à l'égard de l'Église catholique. Leconte de Lisle conçut-il l'espoir d'attirer sur sa Muse, comme on parlait jadis, l'astre favorable des Tuileries ? Toujours est-il qu'il façonna des vers nouveaux sur un sujet antique et qu'il publia un Chemin de la Croix, en quatorze stations, où il suit le drame divin de la Rédemption, depuis le soir de l'Agonie jusqu'à l'aurore de Pâques.
C'est l'Évangile traduit et paraphrasé ; ce qui veut dire affaibli. Mais le traducteur vise à s'exprimer en croyant : il est calme, il ne blasphème point selon son habitude ; et la dédicace du volume porte trois mots qui valent un long poème : « A ma mère ! »
Personne ne parla du Chemin de la Croix. L'inspiration en était froide ; les vers étaient pâles ; témoin ce tableau, l'un des meilleurs, où il représente le Sauveur agonisant à Gethsémani :
Enveloppé d'un pan (?) de sa robe grossière, Il s'agite et frémit, le front dans la poussière. Ses longs cheveux épars où palpitent encor Quelques mornes (?) reflets de l'auréole d'or (?), Traînent confusément dans la fange (?) et le sable. Il sent gémir en lui la race périssable (?), etc.
Le poète eut-il honte de cette œuvre, ou de lui-même ? Je ne sais ; mais le Chemin de la Croix ne figure point dans la collection des Œuvres complètes. Est-ce justice littéraire ? ou remords d'une conscience dévoyée, sur qui pesait ce souvenir de foi chrétienne?
Ailleurs, il hasarde un tout autre récit de l'Agonie divine. Pourquoi JÉSUS-Christ fut-il envahi par la tristesse jusqu'à en mourir? Suivant l'exégèse de Leconte de Lisle, c'est qu'il entrevit qu'il serait sup-
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planté par le Pape ; c'est qu'il aperçut, en rêve, sur les « sept monts » de Rome, une Bête effrayante, ayant « dix mille gueules », dont chacune
Vomissait sur la terre en épais tourbillons
Des hommes revêtus de pourpre ou de haillons,
Portant couronne et sceptre, ou l'épée ou la crosse...
Et tous armés — pour la rime — de la « croix atroce» ; et tous broyant, hachant, ivres de sang et de crimes ; charmante allégorie qui prouve que, pour cet académicien d'esprit, le Pape n'est qu'une horrible Bête écarlate ; allégorie d'autant plus spirituelle qu'elle fut écrite sous le règne de Pie IX, le plus doux des rois et des pères.
Leconte de Lisle haïssait la papauté jusqu'à la démence ; et naguère encore (') il versait sur la robe blanche du grand pape Innocent III une hotte de strophes séniles, que la Revue des Deux-Mondes se hâtait de recueillir. Le vieux rimeur n'avait fait que se copier et ramasser quelques bribes de ses anciennes déclamations contre tous les papes ; chacun des successeurs de saint Pierre étant ceci :
Un être abominable et rapace, acharné,
Ivre de sa débauche et l'œil illuminé,
Avec rage plongeant ses longues mains flétries
En des monceaux d'argent, d'or et de pierreries,
Qui sonnaient et luisaient, pleins de flamboiements (2).
Notons au passage que cet académicien prononçait : flamboillements, sans quoi son alexandrin n'aurait eu que onze pieds.
1. Le 15 septembre 1890. Voir Etudes, 15 novembre, même année.