I. La Vie littéraire, 1889, /oc. cit
moyen-âge qu'un acte de charité chrétienne : celui d'une bonne dame de Meaux qui, ne pouvant plus nourrir les pauvres, en réunit six cents dans une grange et y mit le feu. Il n'a trouvé en ce temps-là qu'un ou deux grands hommes ; par exemple, le Barde de Temrah, qui meurt afin d'éviter le baptême, et un hérétique brûlé pour avoir nié l'enfer (l). Voilà qui est beau ; voilà ce qui le touche. S'il n'était par état le poète « impassible », il pleurerait à chaudes larmes sur ces héros de sa façon, de sa guise, ou de sa trempe. Au surplus, il s'apitoie en rimes ruisselantes sur le Juif et le Turc. Oh ! comme il est sensible au sort de l'usurier juif à qui l'on fait rendre gorge ! au sort du Turc que le chevalier, le croisé, « traque, assiège et massacre (2) » ! Selon lui, « un roi chrétien n'est qu'un lâche (3) » ; mais un Turc... c'est la grandeur même. Un Turc daigne cracher sur un chrétien : vite, le poète ramasse ce crachat vengeur et il versifie en l'honneur du Turc et du crachat.
N'est-ce pas que l'âme de ce poète est une belle âme ! que ce digne héritier de Valmiki a fait un admirable usage de son talent ! C'est ce talent lui-même qu'il nous reste à étudier, en examinant d'un peu plus près l'art que le poète déploie, les procédés dont il use, la métrique où il se condamne ; bref, les qualités et les défauts de sa poésie savante, brillante, bruyante et vide.