Ibid., p
grimacent comme son Fakir, un vieux « demi-nu, maigre et sale », qui arrive chez un Nabab pendant une fête :
La fange de ses pieds souille la soie et l'or ;
Et tandis que l'on danse, il gratte avec ses ongles
Sa peau rude, en grondant comme un tigre des djungles (').
Autrefois, certains peintres « primitifs » écrivaient au bas de leurs peintures : Ceci est un cheval ; Ceci est un arbre. Franchement, le poète aurait bien fait de dire au bas de sa page : Ceci est un homme. Mais ses bêtes sauvages sont superbes, de pelage, d'allure, de vie. On prétend que le vieux rimeur huguenot Guillaume du Bartas, pour bien composer le portrait de son fameux cheval, se mettait résolument à quatre pattes et lançait des ruades. On serait presque tenté de croire que Leconte de Lisle s'est livré aux divers exercices des êtres qu'il décrit ; que vraiment il a rampé avec ses serpents, chassé avec ses jaguars, ruminé avec ses bœufs, nagé avec ses alligators ; qu'i a vécu dans les bois, sous les lianes, tandis que près de lui, à trois pas,
Les singes oscillaient suspendus aux lianes ; Tapi dans l'herbe humide et sur soi reployé, Le tigre au ventre blanc, au souple dos rayé, Dormait ; et par endroits, le long des vertes îles, Comme des troncs pesants, flottaient les crocodiles (/2).
Ce n'est pas tout à fait ce que nous appelons un paysage printanier ; c'est que, par malheur, notre imagination est tempérée comme nos climats ; dans nos