‹ Etudes et causeries littérairesChapitre 127 sur 140 · I. V Oasis · texte numérisé non relu

I. V Oasis

L'autre Delille excellait aussi, parmi les habiles de son temps, dans ces tableaux de bêtes. Il y employait toutes ses ressources ; mais le bonhomme était plus adroit à pourtraire les animaux domestiques : il avait fait des chiens, des chevaux (y compris celui de Job), deux chats, un ou deux ânes, un ou deux cygnes, des coqs, des pigeons, un écureuil, des vers luisants, des fourmis — j'allais oublier un canard, celui de Vaucanson. Il avait bien hasardé une douzaine de chameaux et six tigres : mais ses chameaux avaient si peu de bosses, et ses tigres étaient empaillés d'épithètes banales, témoin* :

ce tigre impitoyable Qui se fait du carnage une joie effroyable (*).

Il avait aussi un éléphant, un lion, des serpents et autres créatures dévorantes ; mais apprivoisées et classiques. Ses autres bêtes sauvages de plume et de poil étaient de celles que les Nemrods pacifiques, de Paris ou de la banlieue, vont, pour leur plaisir et sans danger, chasser avec « des tubes enflammés... par le nitre irascible ».

Leconte de Lisle travaille dans le féroce : il dessine, il peint au naturel ; il surcharge ses toiles de couleurs voyantes et chatoyantes, traduisant tout à la fois et produisant des sensations qu'on éprouverait en face de la vraie nature. Incapable, soit par génie, soit par système, d'exprimer les énergiques et nobles émotions de

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