La Bête é cariât t
et cela revient perpétuellement : Leconte de Lisle est le poète de l'adverbe comme il est le poète de l'adjectif. Ailleurs, ainsi que dans la Pucelle de l'honnête Chapelain, l'impression de grandeur sera attachée à des syllabes pesantes et nombreuses :
Ces tourbillonnements d'étoiles éperdues Dans l'incommensurable effroi des étendues (').
Bien plus, ce maître, ce géant, ce Phoibos-Appollôn de notre fin de siècle, s'amuse à des jeux d'harmonie incitative, comme l'autre Delille. Son œuvre en fourmille ; écoutez :
Les fragments de bois sec craquent parmi les pierres (2)... Plein du cri des chacals et du renâclement De l'onagre (3)...
C'est par le dehors que cet artiste travaille ; qu'il plaque les effets pour agir sur les sens extérieurs ; n'ayant que des sensations à déterminer et point de sentiments ; se gardant avec scrupule d'ouïr ou d'occasionner un battement de cœur ; car alors il y aurait secousse intime : l'artiste serait moins sûr de sa main et de son instrument, comme le médecin qui arrache un œil et dont le poignet tremble.
Partout on devine l'effort, mais l'effort voulu. L'effort du dernier vers, l'ahan des syllabes qui s'entassent ou se choquent, voilà la signature, le paraphe du maître. Rien d'imprévu dans cette poésie : le poète ne laisse rien au hasard, et très peu au beau désordre dont les
i. La Dernière Vision,