Trente ans de Paris
basques en flûte, le prit pour un « prince valaque ». Trente ans plus tard, les princes de la littérature parisienne, Zola et Daudet, narraient gaiement leurs mésaventures du temps jadis. On lit, dans le Journal des Goncourt :
1886. Samedi 27 mars. Dîner chez Zola. En prenant le café, Zola et Daudet causent des misères de leur jeunesse. Zola évoque le temps où, très souvent, il avait son pantalon au Mont-de-Piété, et où il vivait dans son intérieur, en chemise.
Daudet, lui, cause de son épouvantable misère, et des jours où il ne mangeait pas, littéralement.
Il m'est impossible de ne pas me souvenir, chemin faisant, d'un autre écrivain qui, lui aussi, avait un frère dans la littérature, comme Daudet et Goncourt ; qui, à vingt ans, était publiciste et ne roulait point sur l'or; et qui employa ses premières économies, comme Daudet, à se fournir d'une belle redingote chez un brocanteur. Lui aussi, longtemps après, riait encore de sa <L première redingote, achetée au Temple, pour gouverner l'opinion des Français (T) ». Celui-là fut, Dieu merci, autre chose qu'un homme de lettres; bien qu'il ait été et qu'il demeure le premier prosateur de notre siècle. Mais, en outre, il fut quarante ans le soldat de l'Église, des saintes libertés et des nobles causes ; il n'y eut point, à ses funérailles, des ministres et des personnages du Tout-Paris qui s'amuse ; mais on a gravé sur sa tombe ces deux mots, qui résument sa vie, sa mort, son œuvre entière : « J'ai cru ; je vois. »
On assure qu'Alphonse Daudet fut très secourable aux pauvres jeunes gens qui essaient de tenir une plume. J'ai même lu qu!il laissait courir au grand air,