I. Souvenirs d'un vieux critique, Xe série, p
allé par les sentiers connus, sentiers de Flaubert, sentiers de Dickens ; il a conté, comme ceux qui content bien. Il n'a pas trouvé un monde nouveau, imaginé un style, imposé un genre, laissé une forte empreinte. Il n'a pas découvert le Tôle, ni même le Midi que l'on soupçonnait avant lui, et qu'il calomniait un peu en enfant terrible, lorsqu'il avouait ceci à Goncourt : « Les gens nés au-delà de la Loire, ne savent pas écrire la prose française ('). »
Lui, il savait l'écrire et la parler, comme de source ; la faire circuler et courir à travers des phrases brèves, brusques, frétillantes ; et de là vient qu'il sut se faire lire. On a dit de lui que c'est « l'écrivain des lecteurs pressés >>. Pas n'est besoin de réfléchir, ni de chercher ; on comprend sans effort, on court sans heurt. C'est aussi qu'il ne s'occupe généralement que de héros médiocres, de gens que l'on rencontre partout, qu'on a vus dans la rue, au café, au théâtre, à la Chambre ; qui ressemblent à un tel qui habite à tel endroit, employé de telle administration, rond-de-cuir de tel bureau, décoré de tel ruban. Ces types cueillis dans le milieu trivial des affaires, du plaisir, de la finance, de l'ignominie dorée ou crottée, Daudet les esquisse et les montre avec un sourire narquois, un hochement de tête sceptique, ou d'ironie désabusée. On a justement fait ressortirce caractère, original peut-être celui-là, ou tout au moins spécial, de son œuvre, qu'elle est peuplée de ratés admirablement pris sur le vif(2). C'est que la société contemporaine en est peuplée : ratés de la littérature, ratés de la politique, ratés du théâtre, ratés du