Légende des siècles
m'épargnera.» — Je ne blâmerai point certes, ce sentiment de confiance ; bien que je songe malgré moi à tel personnage de Molière s'accusant d'avoir tué « une puce... avec trop de colère. »
Le grand homme aima aussi « l'araignée immonde » ; il l'a déclaré à l'univers : « J'aime l'araignée ! (') » non pas comme l'excentrique Lalande, mais par une sympathie du cœur. Au surplus, Louis Veuillot exagérait quand il disait du poète des Contemplations : « Il n'a d'admiration que pour les bêtes (2) » ; il en eut pour les végétaux « gueux », pour « la vilaine bête et la mauvaise herbe... J'aime l'ortie !... » Et sur tout cela, et sur « le caillou pensif », non moins que sur le « bon crapaud faisant la lippe (3) », il versa des élégies qui feront éclater de rire nos neveux, si nos neveux savent rire encore et s'ils lisent encore les productions séniles de Hugo, — deux choses douteuses, hélas !
Grâce à une théorie philosophique sur laquelle nous reviendrons, la poète a de ces effusions pour les vilaines choses de la nature, parce qu'elles ressemblent aux vilaines âmes. De là, nouvelles, sonores, niaises et continuelles nénies, pendant quarante ans, en l'honneur de tous les êtres malfaisants ou hideux de la société :
J'ai réhabilité le bouffon, l'histrion,
Tous les damnés humains, Triboulet, Marion,
Le laquais, le forçat et la prostituée.
Il se décernait cette gloire de charité dans les Contemplations (Liv. V, III) ; et depuis, il s'est appliqué avec frénésie à ces réhabilitations dans les Châtiments, dans