‹ Etudes et causeries littérairesChapitre 19 sur 140 · Chatisons des rues, etc. : l'Eglise · texte numérisé non relu

Chatisons des rues, etc. : l'Eglise

les Misérables, et dans tout ce qui a suivi, jusqu'à la Pitié suprême et la Fin de Satan ; sauf qu'il s'est assez peu préoccupé du € damné humain » laquais. Au « damné » Triboulet, le seul qu'il avait vraiment relevé un instant ('), il a prêté quelques cris admirables ; mais alors le pauvre histrion n'est plus histrion, il est père. Hugo n'a pas plus réhabilité les « porcherons », ni les ivrognes, quoiqu'il ait fait des uns et des autres des Léonidas « splendides, ivres de péril (2) » ; — les ivrognes ne méritant aucune apologie, et les porcherons n'en ayant pas besoin ; ce sont des gens utiles, qui seraient bergers, pasteurs, hommes poétiques, s'ils paissaient des bêtes à laine, au lieu de garder les troupeaux que l'honnête Jacques Delille engraissait de glands dans le parc de ses hémistiches.

Hugo n'a pas davantage réhabilité le forçat, bien qu'il ait été, dans ses dix, vingt ou trente mille vers de « proscrit », le « grand amnistieur », comme l'appelle M. de Rochefort. Et pourtant ces damnés du bagne, « enfer stupide (3) », lui tiennent considérablement au cœur ; le vocabulaire de la tendresse lui fait quasi défaut quand il parle de la chiourme, de la galère, du ponton. Horace maudissait la Méditerranée qui lui prenait son cher Virgile : Animes dimidium meœ ! V. Hugo maudit l'Océan, parce qu'il emporte ses chers scélérats sur les « noirs pontons (4) » ; — il hait la « mer sombre », parce qu'elle emmène à Cayenne le « forçat pensif (s) ». Il salue de loin, d'une voix d'ami,

i. Le Roi s'amuse, acte V, se. v.

Page 1