‹ Etudes et causeries littérairesChapitre 21 sur 140 · Les Châtiments, Toulon · texte numérisé non relu

Les Châtiments, Toulon

voir n'eût changé ses sentiments humanitaires en sentiments humains.

Les vers dont on vient de lire des fragments, V. Hugo les adressait aux bandits qui, en 1871, incendiaient Paris et fusillaient les otages, aux misérables dont son vaste cœur excusait paternellement les scélératesses :

On a fait des forfaits dont on est innocent (')•

Pourquoi ces pétroleurs et ces égorgeurs ont-ils tué et brûlé?... Oh ! la raison est toute simple, toute sublime (ou tout... autre chose) : c'est par bonté d'âme, eux aussi ; c'est que

Leur formidable amour ressemble à de la haine (2).

Il y ressemble en effet, à tel point qu'un œil vulgaire ou moins exercé pourrait s'y méprendre. Mais cette belle raison me fait songer à une autre psychologie très curieuse, d'où M. E. Dupuy déduit ceci : chez V. Hugo, l'amour s'exprime par la colère (V. p. 289). Celui des cannibales ne s'exprime guère autrement, du moins quant aux apparences.

Franchement, 1' « amnistieur » poussait la tendresse jusqu'aux limites extrêmes ; il la poussa extrêmement au delà de toutes les limites, par exemple lorsque, dans un excès de lyrisme charitable et de démence sacrilège, il chantait :

Je sauverais Judas, si j'étais Jésus-Christ (3).

Cet homme bon éprouve, comme M. Renan, des sym-

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