‹ Etudes et causeries littérairesChapitre 22 sur 140 · Année terrible, Avril · texte numérisé non relu

Année terrible, Avril

pathies à l'endroit de Judas ; il en éprouve, lui tout seul, pour Caïn le sanglant :

Et je m'attendrirais sur Caïn torturé (I)...

Puis, comme Michelet et comme Proudhon, il s'attendrit sur Satan (2), et sur Bélial, qui est la même chose, et sur les copies humaines de l'archange révolté, puni, immonde ; notamment sur Jean Huss, « le sage ! » dont il inonde le bûcher de larmes et de strophes.

Bornons-nous. Sinon il faudrait citer la moitié des dernières œuvres, et faire un relevé de l'histoire sanglante, de l'histoire scandaleuse, de l'histoire des bagnes, avec ces grappes de noms propres familières au génie du poète ; alors on verrait sa charité débordante envers l'humanité qui nage dans le sang, qui roule dans les ruisseaux de pétrole, qui se vautre dans la boue. Mais ce roi des amnistieurs (n'ajoutez point certes, pour l'antithèse, amnistieur des rois), ce réhabiliteur bonasse qui se penche — de loin — sur les bûchers, les pontons, les égouts, n'a-t-il jamais eu de haine, de rancune, de fiel, de bile ? V. Hugo fut poète, roi des poètes (continuez : poète des rois) ; donc il appartenait au genus irritabile vatwn ; donc il eut pour le moins des impatiences, irasci celer ; pouvait-il's'appliquer la fin de l'hexamètre du « bon Horace » : at non ut tamen implacabilis essem ? C'est ce qui nous reste à examiner, d'après les derniers ouvrages de celui qui rima la Pitié suprême.

Encore une fois, je ne juge l'auteur que sur la foi de ses livres : or, partout, dans tous ses livres, depuis 1850,

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