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Les Quatre Vents, t. I, p

Études et Causeries. — I. 3

avec le moi haïssable qui rutile et s'étale sans nulle vergogne, rugit le moi haineux. A quinze ans, l'enfant « sublime » voulait être Chateaubriand, ou rien ; l'homme immense et le vieillard majestueux, selon ses thuriféraires, a été Chateaubriand par l'orgueil et par la haine, — sauf les formes, bien entendu. Les Châtiments révolutionnaires font le pendant à la brochure légitimiste De Buonaparte et des Bourbons.

Est-ce que par hasard V. Hugo aurait écrit des « choses atroces » sans passion ni colère, comme fit jadis Lagrange-Chancel (') ? ou bien, en remplissant ses alexandrins de noms propres qu'il salit et piétine, imitait-il Boileau, cet ancien, qui nommait Cotin au bout d'un vers uniquement pour rimer à festin ? ou bien aurait-il été féroce (il l'a été) seulement par amour de l'art, — pour faire sonner toutes les cordes de Toute la lyi'e ? « La satire, jamais ! » disait fièrement Lamartine ; chez Hugo vieillissant, c'est la satire toujours, venimeuse, implacable, fiévreuse, enragée ; sous la plume de ce débonnaire, elle écume, siffle et bave partout, même au milieu des pages les plus gracieuses ; elle vient là comme feraient la vipère et le « bon crapaud » dans un plant de roses.

Soit, répond M. E. Dupuy ; V. Hugo eut des colères, des fureurs, des « agressions > : mais l'explication de ces phénomènes incontestables est très naturelle ; sur quoi, l'auteur de Victor Hugo, l'homme et le poète, produit une explication d'une bonhomie digne delà charité qu'il prône : Hugo est bon, la bonté même ; mais sa bonté s'échappe en « agressions... spontanées et presque irrésistibles (presque) contre tout ce qui porte une tiare,

i. V. Les Fhilipp. Ed. Lescure, p. 17.

une crosse, un rochet, et contre tout ce qui tient le sceptre ou pour le sceptre (') ». — Rien que cela !... Quel pavé sur le cœur du maître ! Mais M. Dupuy s'est arrêté trop tôt et en beau chemin dans son énumération ; il aurait dû signaler aussi les agressions spontanées et presque irrésistibles contre tout ce qui tient une plume honnête, contre tout ce qui hasarde un mot de critique ou un sourire, contre tout ce qui dispute au géant une parcelle de « cette gloire en gros sous » qui a nom la popularité ; car il ne sut « jamais pardonner à quiconque ne reconnaissait pas la sienne et se permettait de la discuter » (2) ; enfin contre « tous ceux qui refusent, non pas de l'admirer, mais de l'adorer (3). »

M. Paul de Cassagnac écrivait, au temps des funérailles grotesques d'Olympio : « Depuis vingt-cinq ans, il était fini, vidé, fou. » Si le second de ces rudes adjectifs est vrai quant au fait des idées, il est évidemment faux quant à l'orgueil et à la haine ; ces deux choses grandissaient avec l'âge ; Hugo (pour me servir d'une de ses expressions) ne vida jamais sa poche au fiel.

Un brave homme est pour moi chose belle et touchante... Quand je vois un brave homme, aussitôt je le chante,

disait le Juvénal de 1830, l'auteur des ïambes, Auguste Barbier. Le grand coeur de V. Hugo semble n'avoir pas connu ces instincts et en avoir eu de tout au rebours. Dès que Hugo voit, ou entend, ou sent un brave homme, il aboie ou s'apprête à mordre. Que voulezvous ? Ses instincts contre le « brave homme » sont

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