‹ Etudes et causeries littérairesChapitre 24 sur 140 · M. A. de Pontmartin, Sem. Httér · texte numérisé non relu

M. A. de Pontmartin, Sem. Httér

« spontanés, presque irrésistibles ». Mais aussi ils sont sauvages.

V. Hugo, dans ses dernières œuvres, n'a pas assez d'imprécations contre le gibet de Montfaucon, la roue de la Grève, les bûchers allumés par un Torqnemada de haute fantaisie, qu'il s'est créé à son usage. Or il se fait que, pour caractériser les haines féroces de V. Hugo, le doyen des critiques de France le compare tout bonnement aux bourreaux de Monftaucon, aux « tortionnaires » de la Grève et au Torquemada rêvé par le maître : « On dirait que l'insulteur regrette de n'avoir pas à son service la claie, la roue et autres instruments du moyen-âge... Notez que cet implacable tortionnaire n'a pas assez de mouchoirs pour ses torrents de larmes, dès qu'il s'agit de véritables scélérats, massacreurs, incendiaires, régicides, gibier de Mazas et d'échafaud. Juvénal s'attendrit pour Delescluze ; Archiloque pleurniche en l'honneur de Raoul Rigault. »

Il serait oiseux de construire un musée rétrospectif complet des victimes de ce « bonhomme clément ». Feuilletez les Châtiments et la plupart des volumes qui ont suivi. En première ligne viendrait, vu le nombre et la qualité des insultes, l'empereur Napoléon III, dont nous n'avons pas à faire ici l'oraison funèbre ; lui aussi, DIEU l'a jugé. Sans doute le poète, ex-pair de France et montagnard, avait des griefs contre le coup d'État et contre l'homme qui lui avait pris son fauteuil présidentiel. Mais quel paroxysme de fureur, quel débordement de rage, en vers et en prose! Que V. Hugo, partant pour la Belgique et pour Saint-Hélier, considérât Napoléon III comme un tyran, cela se conçoit ; ce style est de tradition chez les proscrits ; mais que le

proscrit-poète ait dépensé des tomes entiers à nommer l'empereur des Français « voleur, forban, pître, bandit, escroc, vil, fourbe, laid, Jocrisse du crime, bohème, Mandrin, Cartouche, Schinderhannes, haillon humain, hibou déplumé, bête morte donnant la nausée à l'égout, drôle, polisson, chat-huant, caniche, chauve-souris (')...»; qu'il l'ait chargé de toute ignominie, de toute bassesse, infamie, crapule, et qu'enfin il ait, lui poète, entendu sa conscience lui dire :

Tu peux tuer cet homme avec tranquillité (2;,

cela outrepasse les frontières de la satire, de la violence, de la fureur, ou de... la bonté. N'oublions point que Napoléon III, le «plus débonnaire et le moins vindicatif des tyrans, laissait jouer Hernani par les comédiens ordinaires de l'empereur et tolérait toutes les annonces, toutes les réclames à la gloire et au profit des Misérables et des Travailleurs de la Mer (3). » N'oublions pas davantage que le « tyran » regrettait l'exilé et qu'il lui offrit sa grâce. N'oublions pas non plus que ces injures révoltantes, V. Hugo les vomissait sans nul danger et avec de bons revenus de librairie. Je sais un Français qui s'expatria et chercha un refuge parmi les îles de la Manche pour n'être plus exposé à verser l'impôt dans la caisse du gouvernement impérial : chose qui lui semblait une profanation de l'argent. Certes, les motifs du séjour que V. Hugo fit aux îles anglo-normandes furent d'un ordre moins platonique ; et pendant près de vingt ans, la vente, en France, de ses vers et de sa prose, lui rapporta nombre de louis,

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