Année terrible, Juin
avait d'un mot aplati une montagne de phrases de V. Hugo, qui s'esquiva par peur d'un coup de pied trop écrasant ; trois ans, quatre ans, cinq ans après, la rancune du vaincu éclate encore par mainte crevasse des Châtiments ; et pour représailles, le défenseur des droits de Rome est transformé en crapaud — ce jourlà le crapaud n'est plus une jolie bête — qui € bave accoudé sur l'autel ('). » O imagination ! ô mémoire ! ô grandeur d'âme !
Remontons plus loin en arrière; la mémoire du cœur suggère au poète, à l'endroit de ses maîtres, des gentillesses comme celles-ci : « grimauds hideux, crétins cruches, bedeaux dont le groin renifle, vieux pots égueulés », — j'en passe et des pires ; — puis comme trait du Parthe : « culs de bouteille (2) ! » O reconnaissance !... Vraisemblablement, ces infortunés n'avaient pas assez applaudi les rimes naissantes du rhétoricien, « rêveuse bourrique » comme il s'est lui-même défini.
Toutes et quantes fois un écrivain s'avise de refuser une parcelle d'encens aux vers ou à la prose de Hugo, on sent l'ébullition, la lave qui monte ; le mont Atlas devient Vésuve. Mérimée et Gustave Planche eurent le tort de ne pas admirer « comme des brutes » ; Planche avait été dur, surtout pour les Ballades et les Orientales, où il ne voyait ni pensée, ni cœur, rien que des rimes, des. images, des exercices de voltige poétique (3) ; Planche et Mérimée sont des « drôles », des « nains horribles », des gueux, des monstres (4). Ce sont des fils de 1' i esprit de nuit » qui « grignote »