L'Art, etc., p
toujours au chapitre de sa bonté) n'avaient point à leur service l'esprit délié, vif, piquant, des gens qui savent rire ; il ricane. Inhabile à manier l'épingle qui est l'arme de la satire française, Hugo soulève les gros projectiles des crocheteurs du Port-au-Foin.
Il y eut un écrivain à peu près contemporain de V. Hugo, né quand ce siècle avait treize ans, mort deux ans avant le poète, qui fut, comme le poète, mais non certes pour le même motif, proscrit par l'Empire, un homme à la taille de V. Hugo pour le génie, très supérieur à V. Hugo dans la prose, incomparablement plus haut par le bon sens, infiniment plus grand par le caractère , un homme dont la gloire — car il en eut une du meilleur aloi — troubla les lauriers du Thémistocle de Jersey. Ses moindres plaisanteries faisaient saigner et crier Olympio ; lequel, tout saignant, osait affirmer que cet adversaire était « sans cœur, saris style, sans esprit (') » ; en quoi Olympio signalait pai le menu et très exactement les trois choses qui lui manquèrent à lui-même en face de Louis Veuillot. Jamais son répertoire d'outrages ne fut plus implacablement et ignoblement riche qu'à l'endroit du formidable polémiste. La plupart des critiques feignent de croire à la férocité de L. Veuillot, « pamphlétaire cruel », dit M. E. Dupuy (p. 187) ; traitant, selon M. Faguet, V. Hugo i avec toute l'exagération cruelle des représailles » (p. 159). La cruauté du prosateur — si cruauté il y a — est bénignité et suavité auprès de celle du poète ; et comme M. de Pontmartin l'a courtoisement fait observer à M. Brunetière, l'auteur des Odeurs de Paris n'est point le rival de l'auteur des