‹ Etudes et causeries littérairesChapitre 36 sur 140 · Châtiments, Un autre · texte numérisé non relu

Châtiments, Un autre

Études ei Causeries. <

Châtiments. Dans l'art de l'insulte, V. Hugo est sans rival. Du jour où Veuillot, comme tous les gens d'esprit, trouva piteuse l'évolution de V. Hugo vers la Montagne de 1849, et lamentables ses harangues à la tribune, ce fut de la part du géant très rancunier une guerre sans trêve à coup de gros mots, « dans le style des héros d'Homère, autant du moins que la langue le permet ; et à cet égard il eut un français particulier qui permet beaucoup ('). »

L. Veuillot se donna constamment l'avantage de reconnaître et d'applaudir les qualités littéraires de son insulteur ; qualités que « peu d'hommes, dit-il possèdent au même degré (p. 78). » L. Veuillot place V. Hugo « le premier parmi les poètes de ces joursci» (p. 50); et après avoir cité une quarantaine de vers où le poète pleure sa fille, le grand prosateur, qui connaissait le poids du deuil, s'écriait : « Il n'y a pas de plus beaux vers dans la langue française ni chrétienne (p. 173). » En décembre 1870, après avoir relu un volume de vers, première manière de Hugo : « C'est vraiment, écrit le rédacteur de Y Univers, plein d'accents profonds, de belles douleurs, de belles grandeurs... On ne trouve point cela chez Lamartine qui est un orgue, ni chez Musset qui est un oiseau » (p. 299 et 300). A tout cela V. Hugo répond en son langage fleuri que :

Les Veuillots... traînent dans des ribotes

Les haillons de leur style et les trous de leurs bottes (2).

Jamais, que je sache, Hugo n'a rendu justice quelconque aux mérites littéraires de L. Veuillot, à moins que ses fureurs mêmes ne soient un témoignage « spon-

1. L.Veuillot, Études sur V. Hugo, p. 157. 2. Châtiments, la Caravane.

tané et irrésistible » ; il ne se serait pas € rué en hémistiches » contre une médiocrité de valeur négligeable, contre un « zéro », comme il définit poliment M. de Bonald {Quatre Vents, II) ; l'excès de l'injure accuse de l'estime et ressemble à de la louange.

L. Veuillot avait honoré la mère du poète; croyant, sur la foi du poète, à la légende de la « Mère vendéenne » ; Hugo réplique par de sordides calomnies contre la mère et contre la vie privée du journaliste catholique. Nous ne citons point ce que le proscrit de Jersey eut le front d'écrire spontanément et irrésistiblement ; mais que faut-il penser d'un cœur qui ne savait endiguer de telles avalanches d'immondices ? « Fureurs haletantes », dit M. E. Faguet ; injures « crasseuses », dit M. de Pontmartin ; infamies relevant de la police correctionnelle, si l'homme qui publiait ces ordures n'eût alors respiré « l'odeur du flot sauvage » et le parfum de son « champ de roses » à l'ombre du drapeau britannique. De ce champ de roses, il vomissait, par-dessus les rochers et les vagues, des choses comme celles-ci à l'adresse du même adversaire : « gredin béat, va- nu-pieds, espion, plus vil que les voleurs et que les assassins, pharisien hideux » ; puis, pour comble : « simple jésuite et triple gueux ». Quant aux collaborateurs de L. Veuillot, ce sont de « blêmes grimauds, des gredins, des bedeaux faisant la lessive avec le vieux savon des Jésuites sournois, de cyniques brocanteurs sentant la crasse, des bateleurs, pitres dévots, masques déguisés en prédicants camus, des dépravés qui se vautrent dans la fange, cuistres, crapules (')... » Il y a plus de cent vers remplis de ces déjections « irrésistibles. »

i. Châtiments, passim.

Quand la frénésie diminue, l'injure devient presque aimable ; L. Veuillot n'est plus qu'une vipère qui « crève sa poche au fiel (') » ; plus qu'un âne, comme M. Nisard :

...Nous entendons Les Veuillots aux lauriers préférer les chardons ( ) ;

plus qu'un... compagnon de saint Antoine :

Veuillot certe aurait pu vivre avec saint Antoine ;

plus qu'un scélérat, auquel l'Eglise apporte un caillot de sang pour lui servir d'écritoire ; plus qu'un demijésuite :

Monsieur Veuillot qui tient d'Ignace et d'Auriol (3), etc., etc.

V. Hugo n'a cessé de se plaindre des haines contre lui déchaînées, en raison de sa charité universelle : « Je suis haï parce que j'aime (4) » ; ses ennemis sont des animaux féroces s'acharnant sur un innocent volatile : « Les autres sont des vautours... ; j'étais l'oie (s). » Mais le volatile malmené ne peut supporter les moindres égratignures du vautour L. Veuillot ; elles pénètrent et il ne peut retenir un cri ; même quand le journaliste, avec assez d'irrévérence et passablement de justesse, définit le génie du maître une « citrouille » aux trois quarts pleine de diamants (6). Enfin, — car il faut finir sans avoir tout dit, — sachant à merveille que la plus grande peine dont un chrétien comme L. Veuillot

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