Année terrible, Juin
Fleurs du mal, on entend, même dans les poésies obscènes de Hugo, « comme l'accompagnement d'un orchestre, la voix profonde de la charité. » Jamais plus qu'à notre époque on n'a méconnu et profané le sens des mots français ; cette phrase en serait une preuve entre dix mille.
Mais cette « charité », V. Hugo, touchant à la sénilité, la refuse aux âmes pures, angéliques et sublimes. Sans doute, il y a quarante ans, il écrivait encore des lignes honnêtes et belles sur le cloître ; par effet de constraste, il louait, dans une page des Misérables, « ces âmes humbles et augustes », ou, comme il dit dans la Légende des siècles, « ces anges où Marie est lisible». Alors il songeait sans doute aux religieuses « humbles et augustes » qui ont en si grand nombre honoré sa propre famille ('). Mais, en ses dernières œuvres, l'auteur de Pitié suprême n'a plus cette bonté, ce tact, cette souvenance ; le « Tyrtée du bagne » et de l'égout vocifère contre sainte Jeanne de Chantai, contre toutes les âmes virginales qui, selon lui, « désertent DIEU » en se condamnant aux saintes immolations du couvent (2). Cela ne lui suffit pas ; il faut que l'impur Anacréon des Contemplations, des Chansons des rues et des bois et de tant d'autres malpropretés, déverse son écume sur la Vierge sans tache, au milieu d'un livre consacré à chanter les enfants (3).
Que ses panégyristes viennent encore nous prôner ce cœur « plus qu'évangélique ! » Notre réponse est prête : V. Hugo a aimé jusqu'à effusion de larmes... d'encre et d'innombrables flots de rimes tout ce qu'un
i. Victor Hugo avant 1S30. E. Biré, p. 37-38.