‹ Etudes et causeries littérairesChapitre 41 sur 140 · Ch. De V Homme · texte numérisé non relu

Ch. De V Homme

L'enfant à la fontaine, de l'Allemand Hebel, est charmant ; et j'achèterais YOde paternelle de Th. Hood à son fils de trois ans et demi, pour tout Y Art d être grandpère.

Il faut dire aussi que, jadis dans nos familles chrétiennes de France, on s'appliquait beaucoup plus à former et corriger l'enfance qu'à la chanter : Hugo répond par des rimes aux « tapes » qu'il reçoit de ses petits-enfants ; autrefois, les parents sérieux avaient d'autres répliques aux premières fredaines de ces êtres aimés, que V. Hugo déclare de tout point adorables. Il faut dire enfin que la poésie de l'enfance était comprise surtout par la vraie mère, qui est l'Église ; l'Église célébrait en sa poésie et par ses fêtes la divine crèche de Bethléem, le Sauveur qui a dit : « Laissez venir à moi les petits et ne les empêchez pas » ; les « fleurs des martyrs, jouant avec leurs couronnes et leurs palmes sous l'autel de DlEU : »

.... Beaux lis, qui mieux que la nature Mêlant à leur blancheur l'incarnate peinture, Que tira de leur sein le couteau criminel... S'en allèrent fleurir au printemps éternel.

Malherbe les chantait ainsi en 1587.

Donc ce serait faire à V. Hugo un peu trop d'honneur, de croire qu'il a inventé la poésie des berceaux et du petit peuple infantium et lactentium que David exaltait il y a trente siècles. D'autre part, ce serait faire trop d'injure au poète de Louis X VII, d'oublier ses premières inspirations touchant l'enfance, celles d'il y a soixante quinze ans, pour les dernières, contemporaines de Y Ane. En ce temps-là, Hugo chrétien entrevoyait la beauté de l'enfance purifiée par le baptême,

VICTOR HUGO. 6l

grandie par la foi. Alors, en 1823, il montrait aux enfants les « belles images de la Bible, le ciel d'or... et l'enfant JÉSUS O» ; en 1826, il admirait leurs joies et leurs larmes, sous la garde de l'ange de Dieu (2) ; plus tard, il demandait humblement encore à Dieu de ne jamais voir « la maison sans enfants (3) ».

L'enfant est partout dans l'œuvre poétique de Hugo; et partout, même dans les amas d'idées baroques, éclatent des images, belles comme l'enfant « avec son doux sourire. » De Y Année terrible, de Y Art d'être grandpère, de ce recueil mêlé et maigre qu'on a intitulé les Enfants, on pourrait détacher cinquante ou cent pages choisies. Mais combien, de chaque pièce prise à part, il faudrait élaguer ! Que de fausse bonhomie, et de faux enfantillage, et de faux bégaiements d'un septuagénaire qui s'essaie aux mœurs naïves des premiers mois de la vie ! Que de redites, et de longueurs, et de détails intimes, dont un homme de tact eût fait grâce au papier et aux lecteurs ! — Hector, le guerrier prêt au combat, déposant son casque éblouissant pour ne pas effaroucher Astyanax : tableau aimable et toujours neuf; V. Hugo coiffé de son képi, et apportant pendant le siège de Paris des « pantins bouffons » à Georges et Jeanne, est grotesque (4). A quoi bon ces scènes d'intérieur ; pourquoi dire à toute la terre habitable que Jeanne a « ôté la peau de son bobo (5) » ? Pourquoi raconter ces promenades interminables chez les animaux du Jardin des Plantes, et dans l'herbe où l'on cueille « des bêtes » ?

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