M. F. Brunetière
contre ne manquerait ni de matière, ni d'intérêt, ni de profit ; mais il est bon d'attendre encore, pour essayer, qu'on ait dit, ou à peu près, tout ce qui peut se dire de raisonnable sur l'homme « immense », qui mania l'image et la rime pendant soixante-dix ans de vie. Je me restreins ici à quelques travaux publiés, ou republiés tout récemment, et où l'éloge domine ; je me borne à glaner une phrase ou deux dans chacune de ces études, très différentes de ton, de valeur, de vues et de style.
En tète des anciens et récents admirateurs de V Hugo qui disent quelque chose, qui le disent bien et qui comptent, il faudra toujours mettre (avec le peintre-poète 8 Émaux et Camées), M. Paul de Saint-Victor, dont la critique s'étend jusques aux Quatre Vents de /'esprit (r). Celui-là du moins est sincère, il est ému, il est captivant, il est écrivain. L'ampleur, la couleur, l'éclat, les fusées sonores de ses phrases, sont dignes des créations qu'il résume ou qu'il présente à l'ébahissement des lecteurs. Pour lui, V. Hugo est « le voyant de l'idéal, l'apôtre inspiré du progrès, le psalmiste des Terres promises », le poète à « la voix toute-puissante », à « la langue unique », — un génie où « tout pousse à la fois, comme dans une forêt, la haie riante et le noir taillis, l'hysope au pied du grand- chêne (2) ». Et P. de Saint- Victor jette ses fleurs sur la haie riante, et enguirlande le grand chêne de ses métaphores souples et vertes. A part quelques réserves fort justes, presque exclusivement politiques, tout V. Hugo lui semble beau, colossal, parfait, divin même, puisqu'il