L'Ane, p
Plantes (c'est là que les idées lui viennent en foule), Hugo contemple « les boas, les mammons (?), » les crânes aplatis de tigre et de vipère, et l'ours, rêveur noir, et le singe, effoyable Sylvain ; le poète demeure pensif et il se dit: Au bout du compte, « l'hypothèse qu'Hermès et Pythagore font » est peut-être bien la vraie :
Ciel bleu ! s'il était vrai que c'est là ce qu'on nomme Les damnés, expiant d'anciens crimes chez l'homme ! (')
Ciel bleu ! que cette philosophie des bêtes est bête ! — Je ne sache pas néanmoins que, dans la pratique, V. Hugo se soit préoccupé des folies manichéennes ; j'ose croire qu'il a sans scrupule respiré maint bouquet d'agonies, et mangé à belles dents quelque mortel illustre, peut-être un ancêtre, sous la forme d'un lapin ou d'une oie.
6° Le scepticisme. Hugo, comme la plupart des philosophes, affirme chacun de ses systèmes avec vigueur ; bien sûr qu'il tient tour à tour toute la vérité, rien que la vérité, ou, comme il dit, l'énigme ; car il est son Sphynx et son Œdipe. Mais entre l'arrivée et le départ de chaque vérité successive, il se fait place nette en son esprit ; et « en son cerveau le doute, bête aveugle, suspend sa toile d'araignée au crâne, plafond du cerveau ». Il parlait ce langage en 1856 ; mais déjà vingt ans plus tôt, ayant perdu la foi des Odes, il avait écrit les Feuilles d 'automne , les Chants du Crépuscule, les Rayons et les Ombres, avec cette même « araignée au plafond du cerveau. » On la sent encore dans Y Ane ; ou mieux, elle est devenue chauve-souris :