‹ Etudes et causeries littérairesChapitre 58 sur 140 · Contemplations, Religio · texte numérisé non relu

Contemplations, Religio

Dans la brute, dans l'arbre et même au-dessous d'eux, Dans le caillou pensif, cet aveugle hideux ; (')

mais le moindre des philosophes dans la nature c'est l'homme ; les bêtes sont fournies d'une raison plus pénétrante que leur maître et seigneur. « La brute par moment pense » et s'élève très haut :

Il suffit qu'un éclair de grâce (!!) brille en elle

Pour qu'elle soit égale à l'étoile éternelle (2)...

A travers le taillis de la nature énorme,

Flairant l'éternité (!!) de son museau difforme (?),

Là, dans l'ombre, à tes pieds, homme, ton chien voit DlEU (3).

Mais le plus parfait échantillon des penseurs, c'est l'âne ; non point cette bête allégorique qui prouve à Kant qu'il est un sot, mais bien l'âne réel, celui de Mirebeau en Poitou, et de la Légende des siècles ;

L'âne songeait, passif sous le fouet, sous la trique,

Dans une profondeur où l'homme ne va pas...

Cet âne abject, souillé, meurtri sous le bâton,

Est plus saint que Socrate et plus grand que Platon.

O ciel bleu !... Des animaux qui raisonnent (qui peut-être feraient des vers), qui sont « saints et grands », c'est peu ; les cadavres en putréfaction, les ossements des tombes vivent, entendent, se réjouissent, pleurent, comme les vivants. Jadis, le poète envoyait sa fille prier, pour qu'il vienne aux morts « quelque chose des vents, des forêts et des eaux, et de l'herbe plus fleurie, et une larme dans leur œil vide (4) »; dix ans plus tard il va au cimetière «déranger les branches et faire du

Page 1