Contemplations, Religio
VICTOR HUGO. 8l
sibylline, non ; le trépied de la Cumée et de 1 Erythrée n'est pas sérieux ; Hugo vise à l'Apocalypse, car il est prophète ; il le croit, il ne cesse de le crier de peur qu'on ne l'oublie, i Pour roi, j'ai moi-même, » dit-il dans Y Année terrible ; mais pour Bible et Evangile, il a aussi lui-même ; il est à peu près Dieu, bien que par modestie il écrive : « Si j'étais le bon Dieu... » {Art d'être grand-père). Hugo est beaucoup plus prophète que Mahomet :
Nous sommes les éclairs du char d'Adonaï (').
Comme Mahomet loge la lune dans sa manche, Hugo cause en tête-à-tête avec les planètes, les comètes, le tonnerre : « Je vis Aldebaran dans les cieux ; je lui dis :... Qu'es-tu (2) ? » et au tonnerre : « Si vous aboyez, tonnerres, je rugirai ; » il traîne « les comètes par les cheveux » {Contemplations, Ibo) ; et il s'essaye, le plus sérieusement du monde, à donner la lune à sa petite-fille qui réclame ce joujou {Art d'être grandpère). Pendant cinquante ans, il fait des variantes sur ce thème qu'il est Isaïe, ou bien Habacuc : « L'ange m'a pris aux cheveux » {Quatre Vents) ; chose toute naturelle, puisque <L le poète serein contient le prophète (3) » ; et que du reste l'Océan dit un jour à Hugo : « Poète, homme juste (sic) », tu es traversé « par l'esprit sinistre d'Isaïe, comme moi par la foudre (4) ».
Hugo étant prophète est poète ; cela semble on ne peut plus logique aux panégyristes du maître : <L Son