‹ Etudes et causeries littérairesChapitre 65 sur 140 · Contemplations, Liv. I · texte numérisé non relu

Contemplations, Liv. I

• 3. Histoire du Romantisme, II.

classiques ; V. Hugo ne ressemble qu'à lui-même, — heureusement. Malgré l'affirmation, malgré toutes les preuves et tout l'esprit de M. Stapfer, Hugo n'a rien de Nicolas Boileau, ou, pour parler sa langue, de cette « perruque indéfrisable ('). » Rien de commun dans leurs principes littéraires ; rien dans l'expression. L'alexandrin de la Légende des siècles n'a qu'une seule parenté avec celui de Y Art poétique, les douze syllabes. Et disons-le bien vite, pour couper court aux malentendus, V. Hugo range ses douze syllabes avec une science, une variété, un éclat, une sonorité, que Boileau ne connut point et qu'il ne soupçonna guère. Car enfin Boileau, en tant qu'artiste, est un ménétrier assez chétif, Hugo est un incomparable virtuose ; encore que, ceci est une ressemblance notable, ni le poète en perruque, ni le doyen des clievehis, n'aient eu d'oreilles pour la musique.

Est-ce à dire que V. Hugo ait été le plus grand poète de France, de Navarre et du monde, comme le veulent ses adorateurs et ses éditeurs? Est-il, comme je le lis dans le Nineteenth Centnry, « le plus grand poète de sa nation, un soleil dont la splendeur efface ou éclipse les autres petites lumières des dix septième et dix-huitième siècles (2) ? » Pour les lumières du dixhuitième siècle, qui sont très petites, j'en tombe d'accord, et personne, je crois, ne me contredira. Mais V. Hugo est-il, comme l'affirmait l'autre jour M. Coppée, « le plus grand lyrique de tous les siècles » ; et pour me répéter, avec M. Paul Stapfer et M. Leconte de Lisle, « le plus grand poète de la France (3) » ?

Page 1