‹ Etudes et causeries littérairesChapitre 69 sur 140 · Contemplations, L. I · texte numérisé non relu

Contemplations, L. I

l'esprit français. Pour ces raisons et quelques autres, il n'appartient pas à la famille des génies bienfaisants. Et cela ne l'empêche pas d'être un grand poète, l'un de nos plus grands poètes ; mais cela l'empêche d'être le plus grand, et le plus grand de tous les siècles ('). »

Hugo écrivait, il y a soixante-quinze ans : « Les grands poètes sont comme les grandes montagnes : ils ont beaucoup d'échos (2) ; » il en a beaucoup, sans être encore le Chamalari de la poésie. Prenez garde que plus les montagnes ont d'accidents, plus les échos s'y multiplient ; plus les soleils ont détaches, mieux on les photographie.

Hugo serait hors de pair, sans conteste, si la fécondité suffisait à mettre les gens de lettres hors concours. Il commença de versifier à l'âge où d'autres apprennent l'orthographe ; il eut la précocité du petit de Beauchasteau, avec la longévité productive de Goethe ; Hugo versifia environ soixante-dix ans ; et si l'on en veut croire l'immortel qui lui succéda au fauteuil académique, son œuvre fut « de jour en jour plus abondante et plus éclatante ». Restons dans la vérité et disons qu'il produisit jusqu'à la fin « des images sans nombre sur toutes sortes de sujets. Aussi a-t-il composé tout seul plus de volumes que trois ou quatre poètes n'auraient su faire. Vous trouverez en lui Pindare, Horace, Callimaque, Anacréon, Théocrite, Virgile et Homère... » Oui a signé cet éloge et à qui s'applique-t-il ? Il s'applique à Ronsard, et il est signé Carel de Sainte-Garde, auteur de Childebrand (3) : mais ne croirait-on pas entendre M. Dupuy, ou un Paul de Saint-Victor moins

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