La Défense des beaux esprits, art. VIII
flamboyant? ou encore M. E. des Essarts s'écriant : i Un seul homme... a contenu et déployé l'âme poétique de tous les temps ! » Autant veut dire, si j'entends bien, poète universel. Hugo l'a été ; ce qui aurait pu l'élever de cent coudées au-dessus de tous ses rivaux en gloire. Nos plus grands poètes — que l'on n'a pas encore détrônés ni découronnés — n'ont guère qu'une corde ou deux à leur lyre. Corneille, le plus haut, ne se sentait à l'aise que dans la compagnie de ses héros : « Cent vers » tragiques, il l'a dit, lui coûtaient « moins que deux mots de chanson. » (') Racine, le plus humain, sut faire des tragédies et des épigrammes. La Fontaine produisit des fables comme un pommier produit des pommes ; chez Molière, les vers qui ne sont point vers de comédie sont de la prose et de la pire. Hugo a fait l'assaut de tous les genres ; et bien qu'il soit surtout et partout lyrique, bien que, comme son Ane, Hugo
Se bâcle on ne sait quel accoutrement lyrique,
Fait de plumes d'archange et de poil de bourrique (*),
il a joué à l'Eschyle, à l'Homère, au Juvénal, non moins qu'à l'Isaïe et à l'Anacréon. De ses œuvres s'envolent, suivant M. Alexandre Dumas, « aigles, corbeaux et colombes » ; bien peu de colombes, mais tous autres bipèdes ailés, qui croassent et gazouillent parmi ces cent et quelques milliers de vers.
Cette œuvre colossale sera bien réduite, quand on en aura retranché ce qui est pure déclamation et chasse à la popularité banale : « Ce qui est fait pour le bruit est fait pour le vent, » comme dit à merveille le même auteur de Francillon.hu demeurant ce n'est point