‹ Etudes et causeries littérairesChapitre 74 sur 140 · Art d'être grand-père. IV · texte numérisé non relu

Art d'être grand-père. IV

Etudes et Causeries. — I.

Dieu ne fait de l'effet qu'en forçant les contrastes (').-

Non, DIEU ne les force point ; ce qui démontre que Hugo se flatte, et qu'il y a une certaine distance de Hugo très petit à DlEU très grand. Mais quand Hugo fait le créateur, il procède par disproportion ; partout le nain à côté du géant : un dieu, Indra, et un brin de paille (2) ; des astres ou des rois, et des poux (3) ; un soleil et une araignée (4) ; un ver de terre et les sept colosses, ou même tous les mondes (s) ; Nox à la première page des Châtiments, Lux à la dernière ; enfin toute la création, qui montre, dit-il, € à ses deux bouts,

Les soleils ronds des cieux, les yeux ronds des hiboux (6). »

Antithèse, contraste, rapprochement, opposition ; rien en soi de plus éclatant, de plus séduisant, de plus puissant ; et Jérôme Paturot n'a point tort de croire que « l'antithèse est l'arme des forts, l'idole de la foule. » Rien au fond de plus humain ; toute pensée humaine, tout jugement, repose sur l'antithèse de deux termes, dont l'esprit voit les convenances ou les désaccords. Plus le désaccord est violent, plus vite et mieux on le saisit ; plus l'effet est immédiat, plus il frappe, terrasse ou amuse. Hugo ne l'ignore point, et pour produire l'effet, il force ; de là, son instinct et son habitude de pousser le contraste jusqu'au démesuré. En même temps qu'il conçoit et développe son idée, il prend les allures de son satyre qui,

i. Quatre Vents, II, p. 155.

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