‹ Etudes et causeries littérairesChapitre 76 sur 140 · Plein ciel · texte numérisé non relu

Plein ciel

mettre au point.: «Son œil grossit tout; il voit les herbes hautes comme des arbres ; il voit les insectes gros comme des aigles (') ; » ou, ainsi que le dit Hugo lui-même, il prend des chats pour des tigres, un rat pour un mammouth ; comme sa Pluie des Odes et Ballades, son imagination change des flaques d'eau en € Niagaras » ;

Un homme qui, voulant y voir clair, pour descendre Dans la cave, ou fouiller dans quelque tas de cendre, Ou pour trouver, la nuit, dans les bois son chemin, Enfoncerait au fond du ciel sombre (?) sa main Et prendrait une étoile en guise de chandelle, C'est Lui (2; !

N'est-ce pas encore de la même facilité à métamorphoser tout grain de sable en colosse, tout être animé en Briarée ou Béhémoth, que naît pour le penseurpoète l'habitude d'exagérer ses idées jusqu'à les crever ? Une idée passe ; il la happe au vol, et tout entier au vertige des heurts et des antithèses qu'elle lui révèle, il roule en des conclusions imprévues et frénétiques. L'un des plus beaux exemples en est dans un poème consacré à la puissance des mots, du mot propre, du mot trivial ; au bout d'une tirade, saturé de son et de couleur, il s'exalte jusques à conclure : Le mot,

Il est vie, esprit, germe, ouragan, vertu, feu ;

Car le mot, c'est le verbe, et le Verbe, c'est Dieu (3).

Blasphème fougueux, mais inconscient ; le poète était ivre. Par suite de ces intempérances, le poète dépasse presque toujours le but ; c'est-à-dire qu'il le manque.

i. M. Alexandre Dumas. Discours.

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