‹ Etudes et causeries littérairesChapitre 77 sur 140 · Contemplations, L. VIII · texte numérisé non relu

Contemplations, L. VIII

Dans ses dernières œuvres, il ne va plus que par sauts et par bonds ; son Pégase, en cheminant, flaire tous les chardons de la route et court de l'un à l'autre, n'en voulant lâcher aucun. D'où il suit que les idées du poète ne se tiennent plus et que le poète tâche de les relier comme il peut, notamment à force d'apophthegmes ; puis il repart et va jusqu'à perte d'haleine.

En résumé, la modération est la moindre vertu de V. Hugo ; à ses développements féconds et riches, à ses énumérations luxuriantes, une seule chose fait défaut, la fin ; ou, comme dit le proverbe espagnol, une vis, /alla un tornilîo. Il y a beau temps que les critiques ont essayé de le faire entendre au maître ; mais le maître répond par des invectives contre la sobriété ; qu'un domestique soit sobre, parfait ! s'écrie-t-il ; mais un poète!... sobre!... Et de rire : « Voulez-vous faire X Iliade ? mettez-vous à la diète (') ». Méchante réponse, poète ; si Homère avait eu le « ventre affamé », il n'aurait point fait V Iliade ; mais s'il avait chanté son Hector après avoir trop bu, Homère, je le crains, aurait hugotisé. — In medio virtus.

Avec l'antithèse énorme et le développement peu « sobre », l'image exubérante. Là vraiment Hugo est le maître et vraiment incomparable. J'ai parlé de ses idées ; mais Hugo perçoit et pense en images. Jamais poète, ni de France, ni d'ailleurs, n'a été à ce point créateur, zoir^z. Evocateur et assembleur de métaphores, voilà son nom ; voilà en quoi il est lui. Dans tous les siècles, on a cultivé l'énorme ; rappelez-vous Alpinus crachant la neige blanche sur les Alpes ; l'emphase est de tous les temps et les concetti de tous les

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