I. William Shakespeare
jours. Mais à aucune époque l'on ne vit fleurir ou éclater l'image comme chez Hugo. Les vieux trouveurs, Homère en tête, Chapelain en queue, procédaient — chacun selon ses forces — par comparaisons juxtaposées ; Hugo procède par toutes les figures étiquetées chez Dumarsais sous la dénomination de tropes. A mesure qu'un objet s'offre à son esprit, son esprit le revêt d'une couleur, lui fait rendre un son, lui prête une vie, l'incarne dans un symbole ; car Hugo a l'imagination matérielle, comme Lamartine l'a religieuse. Tout s'anime et prend une forme humaine, animale, végétale ; rien ne se présente à lui, ou ne reste en lui, à l'état d'abstraction pure. Les images fraîches, mouvantes, lui arrivent comme la forêt de Macbeth qui marche. Il en est de superbes que tout le monde sait : la lune qui étincelle sur le moissonneur Booz endormi, est une « faucille d'or dans le champ des étoiles » ; le nuage de pourpre qui s'allonge, un soir, à l'horizon de Paris assiégé, est
L'épée effrayante du ciel, Rouge et tombée à terre après une bataille.
{Année terrible.)
La bombe est une « fleur de bronze étalée en pétales de flamme » (Jbidé) ; les fleurs qui s'ouvrent au matin sont des yeux qui s'éveillent ; et « des pleurs sourient dans l'œil bleu des pervenches (r). » L'heure joyeuse qui sonne au carillon de l'horloge est une danseuse espagnole qui secoue en l'air
Son tablier d'argent, plein de notes magiques (2) ;