Lecène et Oudin
2. Les quatre âges, — les quatre cultes, — les quatre inspirations. —
3. M. E. Dupuy écrit en note : « Qui n'a pas connu de très pieuses chrétiennes capables de dire le mot profond de Sophie Hugo : Les
de V. Hugo « s'exprimant en formules plus qu evangéliques » ('). M. E. Dupuy, à l'exemple de son héros, traite de très haut Bossuet et Racine, ces « adorateurs du siècle en perruque », faisant leur cour à Louis XIV, roi-soleil ; mais que fait-il donc lui-même en face de « l'homme-océan » ? Le livre de M. E. Dupuy est l'œuvre d'un critique qui a de la lecture, une plume facile et quelques allures de libre pensée (2) ; c'est surtout l'œuvre d'un homme ébloui. — En raison de ces causes variées, l'ouvrage est « adopté pour les bibliothèques scolaires et populaires ».
Je tiens en tout autre estime le Racine et V. Hugo de M. Paul Stapfer ; là il y a des vues personnelles, neuves, larges. On a accusé M. Stapfer d'avoir été <L hugophobe » ; pareille imputation est à coup sûr le fait du préjugé ; qu'on tourne les feuillets de ce livre et le préjugé s'évanouira ; le verso est la contradictoire du recto ; le chapitre qui suit, du chapitre qui précède. Depuis le titre, qui ressemble à une de ces énormes antithèses chères au maître, jusqu'à la conclusion, qui est une explosion de louanges, un tutti final d'acclamations, les antithèses se cherchent et se renversent l'une par l'autre. M. Stapfer procède — s'en est -il douté ? — à la manière des scolastiques qui alignent
livres n'ont jamais fait de mal (p. 59)? — Une mère qui tient de tels propos et qui autorise de telles libertés n'est ni pieuse, ni chrétienne. Mme de Simiane, petite fille de Mme de Sévigné, au temps où elle faisait apprendre Aihalie à sa fille, écrivait à M. d'Héricourt : « J'ai mal reçu la pièce de M. Voltaire, annoncée comme peu chaste et peu chrétienne : je ne l'ai non seulement pas lue, mais sur-le-champ je l'ai jetée au feu. » (3 décembre 1736.) Cette mère n'eût point dit le mot profond de Sophie Hugo ; ni aucune mère qui comprend ses devoirs et qui aime vraiment ses enfants.
2. M. E. Dupuy qualifie de « mythes » la Bible et l'Évangile. V. p. 245 et 317.
les objections, puis se mettent en devoir de les réduire à néant, après avoir, juste au centre du champ de bataille, élevé, assis et consolidé la thèse. Grâce à ce stratagème, renouvelé du moyen âge, on arrive à voir tour à tour le faible et le fort, le laid et le beau de 1 homme et de l'artiste ondoyant et divers. Le style du critique adoucit les heurts, son esprit rapproche agréablement les extrêmes ; et l'on s'explique assez bien comment M. Stapfer peut admirer à la fois « passionnément » ces deux antipodes de la poésie, le poète des Burgraves et celui que les plausores d'Hernani qualifièrent de « polisson ». Pour avouer toute notre pensée, cette antithèse, qui court trois cents pages durant, présente bien plus habilement ou plus complètement le revers de la question que l'endroit ; es objections dépassent les solutions de cent coudées. Aux spirituelles volte-face de M. Stapfer, ce n'est point V. Hugo qui gagne en prestige ; on voit beaucoup mieux la misère que la grandeur, les guenilles que la pourpre où se drape le colosse. Ce n'est point la faute de M. Stapfer ; ce n'était pas non plus son but ; mais enfin ce n'est point chose dont nous ayons à nous plaindre.
Un mot seulement des deux éloges officiels lus à l'Académie française dans la séance du 31 mars 1887. Le premier, œuvre d'un poète auquel « l'hommeocéan » écrivit jadis : Jungamus dextras, n'a qu'un incontestable mérite, sa brièveté.
Malgré certains alinéas où le poète de Kaïn simule l'enthousiasme, l'ensemble du discours est i terne, impassible », comme l'œil du requin entrevu dans un bourbier des îles par l'académicien créole. M. Leconte
Etudes et Causeries. — I. 2
de Lisle écrit les harangues d'apparat tout ainsi que les Poèmes barbares, avec la chaleur du marbre, nullement avec les rayons de i Midi, roi des étés » :
Rien ici n'est vivant, rien n'est triste ou joyeux.
Ce morceau fort mal pensé, là où il y a des pensées, d'une langue incolore et laborieuse, n'est qu'un panégyrique en l'air, où le successeur du « poète immortel » semble presque aussi préoccupé d'une Vision de Brahma ou d'un rêve de Walmiki que du « poète immortel. »
La réponse de M. Al. Dumas est ce que chacun sait : une réfutation en règle du discours précédent ; réfutation fort courtoise, passablement écrasante, très applaudie. Elle dit beaucoup ; elle dit brillamment ; et sauf quelques demi-phrases regrettables, exactement. A-t-on jamais mieux caractérisé les évolutions d'un personnage qui n'a jamais « changé :», mais qui a tant de fois « tourné (*) », et l'unité réelle de ce Protée dans ses multiples incarnations d'orgueil ? Bien peu d'écrivains ont aussi finement compris, résumé, jugé cet « implacable génie qui n'a instinctivement souci que de soi même » ; bien peu ont aussi heureusement défini dans ses grandes lignes 1' € œuvre immense, étrange, troublante, disparate, splendide » de Hugo littérateur. M. Al. Dumas en appelle au temps pour le verdict définitif ; c'est une habileté ; mais, par avance, c'est surtout aux deux adjectifs « immense » et « splendide » qu'il souscrit plus volontiers ; ce n'est pas un crime. Les meilleurs esprits de notre siècle ont souscrit implicitement à tous les adjectifs de M. Al. Dumas ;