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Louis Veuillot, Odeurs de Paris, VIII

2. Voir notre traité De la Rime française, 1898 (chez Desclée) ; surtout les derniers chapitres : les Lois et les Caprices de la Rime.

Études et Causeries. — I. 8

Il6 ÉTUDES ET CAUSERIES LITTÉRAIRES.

Le capitaine Cook, Magellan, ou lord Ross, Rapportent des tapirs ou des rhinocéros. (L'Ane.) Si j'appelle Rouen, Villequier, Caudebec, Toute l'ombre me crie : Horeb, Cédron, Balbek.

( Contemplations. )

Notez bien que ce ne sont point là des vers pour rire, et que le dernier distique est cueilli dans une élégie où le poète pleure la mort de sa fille. Notez ensuite que, lorsqu'on y regarde un peu, l'on découvre que la moitié peut-être des développements de Hugo (depuis 1840) naissent d'une rime que l'auteur a résolu d'enchâsser là, coûte que coûte. Grâce aux consonances inattendues qui bourdonnent autour de ses oreilles, le géant Hugo saute et enjambe des abîmes, plus hardiment que le Petit Poucet. Soit le poème de Mas/ "errer ; Hugo vient de finir une tirade par cet alexandrin :

C'est un funeste siècle, et c'est un dur pays.

Or une rime en pé-is est introuvable, même chez les plus habiles successeurs de Richelet ; Hugo ne s'embarrasse point pour si peu ; il crée une rime en pé-is, en s'écriant :

Oh ! que d'Herculanums et que de Pompéis !

Et le voilà qui repart sur un autre pied ; et c'est par centaines qu'il faudrait compter les pages dues à de semblables inspirations. Notez enfin que les deux tiers des derniers poèmes sont des exercices de bouts rimes, où, comme l'observe gaiement un critique, Hugo semble se parodier et se faire <L son propre singe ('). » Je m'arrête, après avoir ramassé ce trait du Parthe,

I. M. P. Stapfer, Etudes sur la littérature française, p. 199.

qui est M. Paul Stapfer. Il serait oiseux, je pense, d'avertir mes lecteurs que ce qu'ils ont lu n'est point une étude sur V. Hugo ; ce sont tout bonnement quelques réflexions, suggérées par l'enthousiasme peu réfléchi et par le fracas des plansores, pour lesquels Hugo a été le plus recommandable des humains par le cœur comme par la philosophie, et aussi le plus grand poète de France. Que si j'avais à me résumer dans une formule brève et aisée à retenir, j'emprunterais à Hugo sa définition en douze syllabes du héros de Moscou, Rostopchine :

Il est féroce ; il est sublime ; il est stupide.

(Amiée terrible.)

Le premier de ces adjectifs s'appliquerait au cœur ; le second à l'imagination ; le troisième à l'esprit, ou, si vous préférez, à la philosophie. J'ajouterais en guise de corollaire cette petite phrase de Louis Veuillot : « Quiconque voudra l'étudier, le plaindra ('). » En aucun siècle on n'a plus gaspillé de talent que dans le nôtre ; personne au dix-neuvième siècle n'a gaspillé plus de génie que V. Hugo. V. Hugo a été « la machine la mieux organisée pour écrire (2), » le plus grand remueur de mots, de couleurs, de sonorités, Je plus grand semeur d'images, le plus grand artisan de vers ; il n'a manqué à ses facultés merveilleuses que le bon sens, à ses aptitudes d'écrivain que l'équilibre, à toute sa vie et à toute son œuvre que l'humilité de croire qu'il fut homme. Ses clients et adorateurs font semblant de le juger impeccable en toutes choses ; nous avons tout au rebours tenté de faire voir qu'en lui les petits

i. 14 décembre 1870.

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