IbiJ., t. II, p
paraît au jour même du sac de l'Archevêché ; Marion de Lorme, vers le temps de l'émeute des chapeliers ; le Roi s'amuse, juste au moment où l'on apprit qu'un coup de pistolet venait d'être tiré sur le roi... Seulement, pour faire voir ces merveilleuses coïncidences, on a transposé les dates, ou même inventé de toutes pièces les coups de Providence (J).
On constate parfois, chez des hommes jouissant par ailleurs de leurs facultés, un étrange phénomène psychologique. Pour avoir été les témoins oculaires ou auriculaires d'un événement, ils s'imaginent en avoir été les héros ; ils racontent les faits en se donnant le beau rôle et en prenant la gloire, s'il y en a. V. Hugo est de ce nombre. Ainsi conte-t-il sans sourciller comment, le 2 décembre 1 851, traversant en omnibus Paris affolé, il harangua la foule et cria : « A bas Louis Bonaparte ! » Mais le brave qui poussa ce cri audacieux ce ne fut point Hugo ; ce fut Arnaud (de l'Ariège), tandis que V. Hugo, blotti dans l'omnibus, tirait Arnaud par le pan de sa redingote et répétait : « Mais taisez-vous donc ! vous allez nous faire massacrer (2) ! »
On découvre chez V. Hugo, quand il parle de luimême (et il en parle toujours), comme un besoin de ne pas dire vrai, et aussi une passion impérieuse de n'être jamais modeste. Avec un sourire de dédain superbe pour l'humanité qui le lira, il affirme que la partie du voyage dans le Rhin a été écrite sans livres, le soir d'une excursion, sur une table d'auberge, au hasard de la plume ; or, dans la seule lettre XXVe, il cite de mémoire (!) jusqu'à soixante-deux dates et quatre cent soixante noms propres, des noms alle-