Ibid., t. I, p
et ainsi que le remarque M. Biré, la mémoire du grand homme n'est en défaut que lorsque le grand homme le veut bien (r). Pouvait-il se figurer qu'on oserait un jour soupçonner sa loyauté, contrôler ses chiffres, l'arrêter au beau milieu de chaque alinéa, pour lui dire : « Maître, vous avez menti ? »
Même pour des niaiseries insignifiantes, il ne peut se tenir contre cette douce manie ; par exemple, lorsque, dans les Misérables, il revendique la paternité littéraire du mot gamin, et affirme que ce mot fut imprimé pour la première fois en 1834, dans son Claude Gueux. Or, M. Biré cite une bonne demi-douzaine de dictionnaires imprimés avant 1834, et qui contiennent tous le mot gamin (2).
La manie devient plus grave quand V. Hugo s'acharne à se créer une histoire plusieurs fois séculaire, à se forger une généalogie, un peu comme le Mulet de La Fontaine, célébrant la noblesse de son illustre mère :
Elle avait fait ceci, puis avait été là.
Du temps qu'il était fervent royaliste, V. Hugo tenait à ses titres nobiliaires ; il signait vicomte, pour imiter son modèle Chateaubriand ; il invoquait Pierre d'Hozier, juge d'armes de France ; il énumérait -d'une manière sûre les noms et les prouesses de ses ancêtres» les Hugo de Lorraine ; bref, à l'entendre, il était, de tous côtés, issu du sang des dieux, comme les héros de la Guerre de Troie ; s'estimant, « lui, simple vicomte, bien meilleur que les princes en in et en ki de la Russie (3). » Dans sa salle à manger, il avait installé