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LA CHANSON POPULAIRE

Parmi les traditions précieuses d'une race, il faut placer la chanson populaire.

C'est dans la chanson populaire que se réfugie et s'exprime l'âme des bonnes gens. Et c'est pourquoi la chanson peut être un genre littéraire de si haute signification. Qui n'a pas entendu chanter le peuple, le vrai peuple des campagnes, ne le connaît pas à fond et ne sait pas tout ce qu'il peut y avoir de sentiments généreux, de délicatesse, de nuances, de tendresses exquises, d'harmonie dans cette âme au verbe austère et fruste. Et comme ils savent bien voir l'esprit sous la lettre des couplets ! et comme ils savent bien souligner les hémistiches, les rimes significatives, reporter sur qui il faut le sentiment qui fait battre le cœur du chanteur, et lui met des trémolos

dans la gorge î Aucune allusion ne leur échappe ; et c'est pour cela que la chanson populaire est une œuvre d’intelligence et d’art.

Cette œuvre devient une forme précieuse de l’apostolat, quand elle s’avise de porter en ses strophes des pensées moralisantes, des mots qui réconfortent, des ambitions qui élèvent, des générosités qui ennoblissent.

Botrel a bien vu tout le parti qu’il pouvait tirer de la chanson, quand il a commencé sa campagne en faveur des traditions bretonnes. Il a cherché à faire parler dans ses vers bien rythmés et prenants l’âme des vieux Bretons ; il y a mis l’esprit de la Bretagne, esprit ferme et tenace, le cœur de la Bretagne, cœur sensible et fidèle. Et il est arrivé ... ce qui devait arriver. La Bretagne s’est reconnue dans les chants de Botrel, et ces chants sont devenus les refrains préférés du peuple.

La piété des Bretons, leur vaillance, leurs deuils, leurs joies ; les matelots qui s’en vont, les fiancées et les femmes qui restent ; les fils qui partent, les mères qui prient ; les jeunes qui rient, les vieillards qui se souviennent, la chaumière bretonne, le seuil si hospitalier, la

ÉTUDES

table ouverte, le pot de cidre qu’on vous offre; et là, au fond, le grand lit clos avec ses panneaux sculptés, et ses rideaux en couleur ; la vieille horloge qui a marqué les heures au foyer, et dont le cœur bat encore après que tous les autres se sont arrêtés ; les clochers bretons, ajourés et fiers ; les églises vieilles et pieuses, et les pardons où l’on prie, où l’on se rassemble, où l’on met en commun les âmes fraternelles ; c’est tout cela qu'il y a dans les chansons de Botrel ; et c’est tout cela que nous avons entendu un jour de juillet 1913. C’est tout cela que nous apercevions dans le rêve que ses chants évoquaient, lorsqu’à Pont- Aven, il faisait lui-même retentir ses couplets brefs sous les grands arbres du Bois d’ Amour . . ,

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