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LE CENTENAIRE D’UN GRAND IDÉAL

C’est, pour le Supérieur du Séminaire de Québec et le Recteur de l’Université Laval, une grande joie de souhaiter la bienvenue dans cette salle à tous ceux qui y viennent ce soir commémorer un grand événement, un impérissable souvenir.

Québec se devait à lui-même de célébrer avec reconnaissance le troisième centenaire de l’arrivée des Pères Jésuites au Canada. C’est ici, à Québec, c'est dans le bourg modeste qui fut le berceau de notre ville que, le 15 juin 1625, débarquaient les cinq premiers missionnaires qui apportaient en Nouvelle-France le mes-

^ Allocution pour le troisième centenaire de l’arrivée des Jésuites au Canada, célébré à l’Université Laval, lundi soir, 22 juin 1925.

sage héroïque de la Compagnie de Jésus. C’est ici, à Québec, que ces missionnaires venaient fixer le centre de leurs œuvres apostoliques; c’est d’ici qu’ils firent se répandre par tout le pays la grande pensée évangélisatrice qui avait inspiré leur dévouement.

C’est aussi à Québec que les Jésuites se firent les éducateurs admirables de la jeunesse, et fondèrent, en 1635, en même temps qu’une école primaire, ce collège qui rendit à la Nouvelle-France, et jusqu’au jour où une main rude, une main de conquérant, l’obligea à disparaître, les plus nécessaires et les plus inappréciables services.

Les élèves du Petit Séminaire fréquentèrent les classes de ce Collège jusqu’au moment tragique de la conquête; et c’est de cette époque lointaine que datent entre nos deux Compagnies, celle de Loyola et celle de Laval, ces relations de fraternelle amitié qui furent si douces à nos anciens et que l’heureux retour des Jésuites, vers le milieu du siècle dernier, devait si étroitement renouer.

Messieurs, c’est un grand idéal que la Compagnie de Jésus apportait ici en 1625: idéal de

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civilisation chrétienne, dont le rayonnement splendide s'ajoutait alors si harmonieusement à l’action apostolique des Récollets. Et cet idéal évangélique des Pères Charles Paiement, Edmond Massé, Jean de Brébœuf et des deux frères coadjuteurs qui les accompagnaient en 1625, cet idéal était le flambeau nécessaire, plus tard multiplié en tant de mains laïques, religieuses ou sacerdotales, qui devait éclairer toutes les routes, toutes les destinées de notre histoire. Vous le savez, on vous le redira sans doute tout à l’heure, tant d’autres préoccupations d’ordre matériel, tant d’intérêts souvent égoïstes menaçaient en 1625 de diminuer jusqu’à la faire méconnaissable l’œuvre religieuse et française de Champlain. Il fallait, au-dessus de toutes ces ambitions trop humaines placer tout de suite, et montrer, et faire régner des pensées plus hautes, plus vraiment conformes aux desseins de la France et de Dieu sur notre Canada. Honneur donc à Champlain d’abord, honneur aussi aux Récollets, mais aujourd’hui, à cette heure jubilaire du troisième centenaire, honneur, immense honneur aux Jésuites qui furent après eux les

hérauts intrépides de ces sublimes pensées, les ouvriers incomparables, vaillants jusqu’au martyr, des tâches héroïques qu’elles devaient susciter.

L’Église elle-même s’est plue à mettre dans les joies et dans la gloire de ce centenaire que nous célébrons, une auréole qui est un rayonnement du ciel.

Hier, Rome proclamait bienheureux nos grands martyrs jésuites ! Hier, en présence de leurs reliques sacrées placées sur les autels, sous le regard et sous la main bénissante du Pape, la basilique de Saint-Pierre retentissait d’acclamations qui montaient vers nos grands missionnaires, vers les origines admirables et sanglantes de notre histoire religieuse. Et cette béatification consacre plus que ne le pourraient faire tous nos discours, les réalisations merveilleuses de l’apostolat des Jésuites dans la Nouvelle-France.

Aucun évènement ne pouvait donc mieux coïncider, par un providentiel à propos, avec le souvenir séculaire que nous célébrons ce soir. Pour ce surcroit de bonheur, c’est vers Rome sans doute que s’en va, sincère et pieuse

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notre gratitude, mais c’est aussi ce soir vers la Compagnie de Jésus, mère féconde de tant de vertus et de tant d'héroïsme, que monte la reconnaissance fervente de l’Église et de la patrie canadiennes.

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