LE MESSAGE DE QUÉBEC À NOS FRÈRES DE L'OUEST
Je vous remercie d’être venu, avant votre départ, prendre contact avec Québec, et dans Québec, avec ces deux institutions ouvrières de son passé et de son avenir, le vieux Séminaire et l’Université Laval.
Vous partez, sous les auspices de « l’Action catholique », en voyage de liaison française. Vous n’êtes donc pas de simples touristes, vous êtes des missionnaires. Ce n’est pas seulement une promenade que vous faites c’est une œuvre que vous accomplissez : une œuvre de rapprochement et de plus étroite collaboration entre les groupes français qui sont dissé-
1 Aux voyageurs de la Liaison française. Allocution prononcée dans la cour des Petits, au Séminaire, le vendredi, 3 juillet
ÉTUDES
minés depuis Québec jusqu’à l’Océan Pacifique.
L’histoire nous a suffisamment appris — l'histoire des vingt-cinq dernières années surtout — que c’est l’étroite solidarité de tous ses groupes qui protégera, qui fortifiera notre race sur tous les points du Canada, sur tous les points de l’Amérique, et qui assurera partout sa survivance. C’est la mise en commun des forces de tous les groupes qui les sauvera tous.
Vous le savez: et vous partez vers nos frères de l’Ouest, animés de cette pensée ; et au moment du départ, vous venez demander au Séminaire de Québec et à l’Université Laval, le message de leur affection pour tous les enfants dispersés de la grande famille française du Canada.
Ce message, deux mots le résument : fraternité et fidélité.
Fraternité : il faut que tous les Canadiens de langue française, dans quelque province qu’ils soient fixés, se souviennent toujours qu’ils sont frères. Ce qui importe entre nous tous, c’est l’union étroite, pas seulement sentimentale, mais agissante. Ce qui importe
c’est que notre famille ne soit jamais disloquée ; c’est que les pierres du foyer ne soient pas dispersées ; c’est que les liens ne soient pas rompus entre frères : je ne parle pas des liens du sang qui sont infrangibles, mais de ces liens d’amitié, de sympathie, de solidarité, qui sont plus ténus, et que la distance pourrait affaiblir. C’est pour que de tels liens subsistent toujours et se fortifient que vous faites ce voyage de « liaison ».
Le jour où il n’y aurait plus de fraternité, je veux dire d'entente, de concours effectifs, de coopération entre les groupes français de ce pays, le jour où il n’y aurait que de l’indifférence les uns pour les autres, ce jour-là l’isolement succéderait aux relations familiales, l’isolement politique, social et religieux. Et comme conséquence de l’isolement, ce serait pour les groupes les plus faibles établis au milieu d’éléments étrangers, un affaiblissement plus grand, ce serait le danger plus immédiat de l’absorption meurtrière, ce serait peut-être la disparition prochaine, l’effacement successif d’un grand nombre de ces foyers lointains où brille une flamme de la race; ce
ÉTUDES
serait pour nous-mêmes de la Province de Québec, une diminution de force ; ce serait aussi, nous pouvons bien le dire, pour tout notre pays une altération grave de sa puissance et de sa beauté.
Allez donc dire à nos frères de l'Ontario et de l’Ouest que Québec veut que les relations soient de plus en plus étroites entre eux et nous. Mais dites-leur surtout que Québec veut comme motif, comme raison suprême de cette fraternité, une fidélité inébranlable à tous nos intérêts communs.
Fidélité, c’est l’autre terme du message de Québec. Fidélité à tout ce qui nous est commun : notre langue, notre foi, nos traditions, nos ambitions comme race, nos droits, nos exigences légitimes comme peuple premier né sur cette terre travaillée, évangélisée par nos ancêtres. Droits sacrés, exigences légitimes qui n’excluent pas la liberté d’autrui — on le voit bien dans la Province de Québec — mais qui supposent la nôtre pleinement et partout satisfaite; ambitions de notre race, ambitions très nobles de voir notre idéal français rayonner sur ce pays, c’est-à-dire de voir notre esprit.
notre génie mettre sa lumière incomparable dans la vie supérieure de la nation; nos traditions qui relient le présent au passé et assurent la continuité de notre histoire; notre foi qui fait nos âmes plus que françaises, qui les fait catholiques; notre foi, essentiel facteur de nos destinées, sans laquelle nous ne serions plus capables de notre vocation en Amérique; notre langue qui exprime toutes ces choses infiniment précieuses, et qui les exprime en des mots dont l’harmonie doit en ce pays se répandre d’un océan à l’autre, partout où il y a des âmes pour la contenir et des lèvres pour la chanter.
Fidélité à tout cela, messieurs ; et fidélité dans la fraternité : voilà ce que vous allez demander à tous les groupes français que vous rencontrerez, et voilà ce qui donne à votre voyage qui commence un sens supérieur, une signification d’apostolat.
Ce message de Québec, je vous remercie d’avoir bien voulu le prendre ici dans ces vieux murs du Séminaire tout chargés de la plus belle histoire, près de l’Université Laval qui est sur ce rocher une forteresse de la pen-
ÉTUDES
sée canadienne-française. Je vous invite à venir le chercher encore et à le recueillir à genoux, dans notre chapelle, sur le tombeau de Mgr de Laval : tombeau qui est pour notre race, qui reste pour vous tous, comme pour nous prêtres du Séminaire, une pierre angulaire sur laquelle pourront toujours s’édifier nos grandes et invincibles espérances.