L'APOSTOLAT DE NOTRE RACE DANS L'OUEST
L'Université Laval et le vieux Séminaire de Québec sont heureux de souhaiter la plus vive, la plus cordiale bienvenue aux pèlerins de la survivance franco-canadienne.
Messieurs, vous nous arrivez de l'Ouest canadien, de l'Ouest lointain, des provinces de l'Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba. Vous venez du pays des grands horizons, des grandes cultures, et des grandes espérances.
Voici bientôt deux siècles que l'un des nôtres, né aux Trois-Rivières en 1685, qui avait dans ses veines notre sang, et toutes ses
^ Bienvenue aux Pèlerins de la Survivance franco-canadienne, à l’occasion de leur visite à l’Université Laval, le jeudi, 24 décembre 1925.
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hardiesses apostoliques, voici bientôt deux siècles que le chevalier de la Vérendrye, accompagné de missionnaires, traça dans l'Ouest, à travers vos plaines, le premier sillon de l'apostolat franco-canadien. Lorsque, le 13 janvier 1743, arrivé aux premières chaînes des Montagnes Rocheuses, il put se reposer un moment et porter son regard sur le chemin parcouru de ses douze années d'expéditions audacieuses — long chemin de souffrances qui mesurait à la fois son héroïsme et les ambitions de notre race — ce jour-là, sans doute, le Chevalier de la Vérendrye vit dans le beau rêve de sa pensée ardente accourir sur ses pas l'armée innombrable de ceux qui, plus tard, recommenceraient son effort, peupleraient ces régions immenses, laboureraient ces terres fertiles, et placeraient de si vastes domaines sous les influences conjointes de l'Église et de la France.
Le rêve de la Vérendrye ne devait pas en tous points se réaliser. La France devait un jour renoncer à son empire occidental; et des races nouvelles devaient aussi, en notre siècle surtout, envahir le pays de ses découvertes, et
y multiplier leurs commerciales activités. Mais si la France devait s’absenter du Canada, les Canadiens français y restaient: et avec eux l’Église qui est la compagne inséparable de nos destinées.
Et l’Église et les Canadiens français n’ont cessé de reprendre la route tracée par la Vérendrye, de recommencer sa mission généreuse, et de chercher à assurer, là-bas, une double survivance : celle de notre race et celle de notre foi.
Messieurs, vous représentez, vous nos frères de l’Ouest, cette double survivance. Vous vous appelez « la survivance franco-canadienne », et c’est juste. C’est votre beau nom et c’est votre gloire ! Mais qui dit survivance franco-canadienne, dit aussi survivance catholique : et vous rapportez donc à la vieille province de Québec, dans ce pèlerinage heureux qui vous ramène vers nous, le témoignage de votre double fidélité à vos origines religieuses et à vos origines françaises.
Chers messieurs, qu’il est beau là-bas votre rôle d’apôtres! Apôtres, vous l’êtes et d’une grande cause ! Par vous se multiplie dans
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rOuest, nombreuse et prospère, la famille canadienne-française: par vous, se maintient, et par vos berceaux s’affirme pour demain, là-bas, l’influence canadienne-française; par vous continue de s’exprimer dans vos plaines le verbe français, notre langue sans laquelle il manquerait une harmonie, et la plus douce, dans notre Confédération: par vous pénètrent dans les institutions sociales, scolaires, municipales, et politiques de l’Ouest, l’esprit de justice, la pensée religieuse, l’idéal de notre race: par vous s’édifient des écoles, des couvents, des académies, des collèges qui sont des centres de vie franco-canadienne et aussi des forteresses où se retranche, pour la lutte et pour la survivance, l’espoir des générations nouvelles: par vous, en un mot, pénètre et rayonnera, nous l’espérons, de plus en plus, dans le génie complexe et tumultueux des populations de l’Ouest, la lumière plus calme, et plus belle, plus limpide, la lumière nécessaire de notre âme franco-canadienne. Et je puis l’ajouter aussi, c’est par vous que se maintiendra là-bas plus ferme, plus solide, plus profonde, plus désintéressée, plus apos-
tolique, la foi de nos pionniers, la foi de nos missionnaires, la foi de notre Église.
Voilà quels apôtres vous êtes, et quel apostolat vous représentez aujourd’hui parmi nous, auprès des parents et des amis, auprès des compatriotes que vous venez revoir. Et c’est de quoi, messieurs, vous nous permettrez de vous féliciter et de vous remercier.
Nous savons au prix de quels efforts, et parfois au prix de quels sacrifices vous faites dans l’Ouest l’œuvre de la survivance. Dans un milieu qui vous enveloppe d’influences indifférentes ou étrangères et parfois contraires à vos aspirations traditionnelles, il vous faut une ténacité généreuse pour rester fidèles à tout ce que vous avez mission de propager et de conserver. Et nous savons par quelles organisations toujours plus florissantes, paroissiales, éducationnelles, patriotiques, vous entendez protéger, faire subsister chez vous tout ce qu’il y a de meilleur et de nécessaire dans notre héritage franco-canadien.
Et c’est ainsi, messieurs, que restant dans l’Ouest ce que vous devez être, vous devenez entre l’Ouest et l’Est des agents de liaison
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indispensables, vous consolidez la chaîne qui doit tenir en solide faisceau les provinces de notre Confédération.
On se plaît à dire ou à penser que nos groupes canadiens-français sont les anneaux d’or de cette chaîne qui de l’Est à l’Ouest, d’un océan à l’autre, de la Nouvelle-Ecosse à la Colombie, attache à une même fortune politique tant de races qui se partagent nos immenses territoires. Que par vous, dans le Manitoba, dans la Saskatchewan et dans l’Alberta, l’anneau d’or reste pur, et sans alliage !
Messieurs, vous avez eu l’excellente pensée de venir nous voir. Vous êtes revenus au pays d’origine, dans la vieille Province maternelle, aux foyers très chers où un jour s’alluma la flamme du vôtre. Soyez les bienvenus parmi vos frères ! Ou plutôt, laissez-moi vous faire entendre comme l’autre jour, à Hearst, Monseigneur Hallé, le mot si vrai de Monseigneur Latulippe : « À des frères il faut dire non pas : vous êtes les bienvenus; mais : vous êtes chez vous ! »
Vous revenez ici au temps joyeux des fêtes. Plusieurs d’entre vous en prendront occasion pour séjourner un peu parmi nous, pendant ces semaines d'amitié plus étroite. Vous y revivrez les jours anciens, les réunions familiales d’autrefois, les soirées intimes et bruyantes du jour de l’an; et, pendant ce temps d’agapes plantureuses, vous goûterez mieux, avec la douceur de se revoir, le fumet succulent des traditions et des cuisines canadiennes. Rapportez-en au pays de l’Ouest l’unique et délectable saveur.
Je vous remercie d’avoir bien voulu accorder à l’Université Laval et au Séminaire de Québec l’honneur et la joie de votre visite.
L’Université Laval, issue du Séminaire, fondée par lui, ne forme avec lui qu'un cœur et qu’une âme pour vous dire leur commune sympathie, et leur vive admiration.
Voilà plus de deux siècles et demi que le vieux Séminaire travaille, sur ce rocher historique de Québec, au berceau de nos origines, à faire se survivre notre race: voilà soixante et treize ans que l’Université Laval, créée elle aussi pour une vie meilleure et plus haute de
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râme canadienne-française, fait dans sa sphère de l’enseignement supérieur, la même œuvre de survivance.
C'est par tous les dons magnifiques de son âme, c’est par le rayonnement de sa pensée, c’est par l’influence de ses hautes traditions intellectuelles et morales que notre race doit régner partout au Canada. Nous essayons, au vieux Séminaire de Québec et à l’Université Laval, d’assurer ce règne de l’esprit; nous essayons de faire avec soin la culture des intelligences, de renouveler sans cesse et de faire briller toujours les vertus essentielles de notre âme française: nous essayons d’en perpétuer sur ce continent le prestige et l’autorité. De nos deux institutions réunies, nous voulons faire toujours un vaste foyer où s’entretienne avec ferveur la flamme qui ne doit pas s’éteindre.
Les enfants, les jeunes gens que nous formons, nous les formons pour l’idéal séculaire de notre peuple, pour la fidélité à leurs pères et à leur destin. Nous voulons qu’ils se souviennent que si Champlain a fondé Québec, c'est la Vérendrye qui a prolongé jusqu’à vos
Montagnes Rocheuses le noble geste de cette action française. Et nous espérons que, par eux, notre jeunesse et la vôtre tiendront avec fermeté aux deux points extrêmes de ce vaste Canada la chaîne d’or qui relie nos communes destinées.