‹ Études et croquis. --Chapitre 24 sur 27 · A LA FRANCE QUI PASSE · texte numérisé non relu

A LA FRANCE QUI PASSE

L'honorable Secrétaire provincial vous a souhaité la bienvenue en des termes qui assurément suffisent à vous dire toute la sincérité de l'accueil que vous fait ce soir le gouvernement de cette Province.

Si l'on me demande d'ajouter un mot, c'est sans doute pour vous montrer, Éminence et Messeigneurs, comment, dans notre chère Province de Québec, le gouvernement et le clergé veulent toujours joindre leurs pensées, leurs actions, coopérer quand il s'agit du bien public, coopérer aussi quand il s'agit de mani-

1 Au banquet offert par le Kouverneraent de la province de Québec, au Château Frontenac, à S. E. le cardinal Dubois, archevêque de Paris, à NN. SS. Leynaud, archevêque d’Alger, Grente, évêque du Mans, Chaptal, auxiliaire de Paris, le vendredi, 2 juillet 1926.

ÉTUDES

fester leur commune fidélité à nos traditions religieuses et françaises.

Ce soir, c’est vraiment un acte d’une telle fidélité que pose le gouvernement de Québec. En posant cet acte, le gouvernement sent bien comme il traduit le sentiment profond de tous nos compatriotes canadiens-français, et il sait bien aussi comment, en vous accueillant, il associe à sa piété française et religieuse celle du clergé de cette Province.

C’est cette association de sentiments et d’actions, unissant dans un idéal commun le gouvernement, le peuple et le clergé canadienfrançais, qui a fait jusqu’ici la force de notre vie, qui a assuré la perpétuité de nos traditions ancestrales, qui a fait victorieuse et irrésistible au Canada la survivance de notre race.

Tout cela, on vous l’a dit bien des fois, vous l’avez lu en bien des livres; depuis votre séjour parmi nous, vous en voyez l’éclatante affirmation.

Nous vous remercions, Éminence et Messeigneurs, d’être venus, après le pèlerinage eucharistique de Chicago, faire à Québec le pèlerinage d’une piété que vous nous permettrez d’appeler fraternelle.

Après avoir vu à Chicago s’épanouir dans d’incomparables apothéoses la foi religieuse et catholique de l’Amérique, vous avez voulu voir le berceau même de cette foi en Amérique, et à ce berceau l’âme française qui y alluma la vie; vous avez voulu voir, à ce berceau, la race dont vous êtes, dont nous sommes, et qui a créé ici même une France nouvelle, une France qui voulait sans doute la plus grande fortune de la mère-patrie, mais qui voulait aussi le rayonnement plus large et plus splendide de la foi catholique.

C’est ici même, où, avant le Château Frontenac, s’élevait le Château Saint-Louis des gouverneurs français, que Champlain médita souvent la pensée qu'il inséra dans ses récits: « le salut d’une âme vaut mieux que la conquête d’un royaume ». — Pensée religieuse et d’apostolat qui est une pensée bien française !

Pour rester fidèles à Champlain, fidèles à la France ancienne, qui créa la France nouvelle, nous nous efforçons de continuer toujours le double apostolat qui fit venir aux bords du Saint-Laurent nos pères héroïques : l’apostolat de l’influence française, et l’apostolat de la foi catholique romaine.

ÉTUDES

Éminence, Messeigneurs, vous nous voyez occupés à cette double tâche. Nous sommes fiers de pouvoir vous dire que cette double tâche correspond à un double idéal qui est le vôtre, comme il est le nôtre, idéal vers lequel tendent toujours, comme vers une étoile divine, tous nos regards et toutes nos destinées.

Nos maisons d'éducation sont les grandes ouvrières de cette tâche, et de ces destinées. Le vieux Séminaire de Québec, que fondait, tout près d’ici, en 1663, le vénérable Mgr de Laval, et l’Université Laval, qui est issue de ce vieux Séminaire, se glorifient tous deux de contribuer dans la plus grande mesure possible à former une jeunesse qui soit vraiment canadienne-française : c’est-à-dire une jeunesse qui reconnaît le Canada pour patrie, mais qui veut, dans ce Canada, faire refleurir toujours, avec le sang et le génie de la France, les traditions et les vertus de l’Église.

Je suis fier, comme Supérieur du Séminaire de Québec, le plus ancien séminaire français d’Amérique, et comme Recteur de l’Université Laval, de la première université française de ce continent, je suis fier de vous donner, au

nom de mes collègues éducateurs, et au nom de notre jeunesse étudiante, l’assurance que, dans ces foyers où s’allument tant de pensées nouvelles, nous travaillons avec amour à la survivance des fidélités anciennes.

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