‹ Études et croquis. --Chapitre 25 sur 27 · BIENVENUE DE L’UNIVERSITÉ LAVAL · texte numérisé non relu

BIENVENUE DE L’UNIVERSITÉ LAVAL

Au nom de l’Université Laval et du vieux Séminaire de Québec qui l’a fondée, je vous souhaite ici la plus cordiale, la plus fraternelle bienvenue.

Depuis samedi dernier, nous vous suivions, étape par étape, le long de votre voyage vers nous, et nous avions hâte de vous accueillir, de renouveler avec vous connaissance et amitié.

Comme vos frères de l’an dernier, vous

1 A l'occasion de la visite faite par ces Pèlerins, à l'Université Laval, le 22 décembre 1926.

venez du Manitoba, de la Saskatchewan, de l’Alberta. D’une extrémité à l’autre de vos plaines immenses, vous vous êtes concertés, vous vous êtes rejoints, et vous accomplissez à votre tour votre pèlerinage de fidélité française.

La fidélité, quand elle a pour objet la foi, la langue, 'les traditions d’une race, c’est plus qu’un acte de patriotisme, c’est un acte de religion; et vous appelez justement votre voyage un pèlerinage; et vous vous nommez justement les Pèlerins de la Survivance francocanadienne.

C’est un acte de survivance que vous posez aujourd’hui ; un acte qui témoigne de votre volonté de vivre toujours de la vie ancestrale, de la vie que vous ou vos pères vous aviez apportée de chez nous, de la vie qui eut son berceau dans notre Québec, et qui y a toujours son foyer le plus fervent.

Mais l’acte significatif que vous posez en venant nous revoir, en vous replongeant aux origines de votre vie, en venant prendre aux eaux salutaires — et aujourd’hui un peu froides — du Saint-Laurent le bain réconfor-

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tant dont toute âme canadienne-française a besoin, cet acte fut précédé de bien d’autres qui vous honorent et qui vous ont coûté plus de sacrifices.

Faire reprendre racine à notre race dans une terre qui fut découverte par nos pionniers français; y faire croître et se multiplier les rameaux féconds de la famille canadienne; construire là-bas vos foyers, et y allumer la flamme de la vie catholique et française; fonder des paroisses, construire des écoles, des couvents, des collèges classiques; lutter contre les influences étrangères qui vous enveloppent et parfois menacent de vous étouffer; reconquérir pied à pied des droits qu’on vous conteste ou qu’on vous supprime; former des associations d’éducation, et des associations patriotiques où se groupent vos volontés et vos ambitions; élargir de plus en plus le cercle des lois qui vous peuvent protéger, et qui peuvent garantir les droits naturels, et les droits historiques de notre race dans l’Ouest : voilà des actes que vous avez posés, que vous renouvelez chaque fois qu’il en est besoin; et voilà des actes qui font de vous à nos yeux

non pas seulement des pèlerins, mais des gardiens, des défenseurs, des apôtres de notre race.

C’est pour tout ce passé héroïque que vous représentez, que notre accueil se nuance à la fois d’amitié fraternelle et de reconnaissance.

Chers messieurs, voilà deux siècles et demi que le Séminaire de Québec fait ici œuvre de vie catholique et française, et qu’il forme pour la survivance de ce que nous avons de plus cher une jeunesse qui ne demande qu’à rester fidèle à tout notre passé. Voilà soixante et quinze ans bientôt que l’Université Laval travaille à illustrer, à faire briller davantage par le haut enseignement, la vie supérieure de notre race. Combien tous deux sont fiers d’acclamer en vous des ouvriers tenaces d’une œuvre commune, et de notre commune destinée !

Je vous remercie d’être venus. Il est bon pour nos élèves du Séminaire, pour nos étudiants de rUniversité Laval, de vous voir et de vous applaudir.

Cela leur est bon, cela est bon à nous tous, parce que, ici même, dans notre Province de Québec, une tâche de survivance, moins diffi-

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cile que la vôtre sans doute, s’impose à tous, s’impose à nos jeunes surtout, à ceux-là qui vivront demain, et qui en eux devront faire revivre toute l’âme canadienne-française.

Il y a tant de choses parmi celles qui doivent survivre, qui sont exposées à mourir ! Il y a tant de traditions dont se compose notre patrimoine héréditaire, qui sont en péril au milieu de tant d’influences étrangères qui nous entourent, et qui nous entament.

Il faut cependant leur assurer, dans notre Province de Québec, la survivance; et quand nous apprenons que dans l’Ouest, vous faites d’héroïques sacrifices pour rester Canadiens français, nous apprécions mieux le dépôt qui nous est ici confié, et nous prenons la résolution de le mieux défendre.

Votre pèlerinage à Québec, votre présence ici est donc pour nous, à la fois, une grande joie et une réconfortante leçon. Soyez-en remerciés, et agréez en retour nos vœux de bonheur, d’heureux séjour dans notre Province auprès des vôtres, et le vœu sincère de vous revoir souvent au foyer ancien et toujours jeune de notre race : Québec !

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